Réservé aux abonnés

Un jackpot secret de 1700 milliards

Yves Genier

Par Yves Genier · Publié le 25 août 2017 · 5 min de lecture

Un jackpot secret de 1700 milliards
Titre de la plainte civile collective déposée par trois fonds de pension contre six banques et une société de finance de New York. - © DR

Dix grandes banques d'affaires internationales, dont UBS et Credit Suisse, se sont réservées pendant des années un fort juteux marché opaque et géant de 1700 milliards de dollars en éjectant toute concurrence. Aujourd'hui, six d'entre elles sont traînées devant la justice. Dont les deux établissements helvétiques. Toujours pour le goût du secret.

Sommaire

On pensait en avoir vu beaucoup aux lendemains de la crise financière en matière de créativité financière géante. Mais le schéma mis en lumière par la plainte civile déposée aux Etats-Unis par trois fonds de pension américains contre six grandes banques d’affaires internationales dévoile tout un pan encore largement méconnu. Un pan pourtant fort substantiel, puisqu’il concerne un marché à l’encours moyen de 1710 milliards de dollars – pratiquement la même fortune en francs – celui des prêts sur titres. Et parmi les banques visées par les plaignants se trouvent UBS et Credit Suisse.

Les prêts sur titres sont un peu comme les hypothèques. Sauf qu’ils n’impliquent pas la mise en gage d’une maison en contrepartie d’un prêt, mais l’engagement de titres financiers, des actions en premier lieu. Le détenteur d’un paquet d’actions peut obtenir un prêt auprès de sa banque s’il met son portefeuille en garantie. La procédure est relativement courante parmi les dirigeants d’entreprise, notamment ceux qui reçoivent des paquets d’actions dont la vente est bloquée pendant quelques mois ou quelques années. Mais elle peut atteindre de très vastes dimensions si elle s’adresse non pas à des individus (certes fortunés), mais à des investisseurs institutionnels à l’instar de fonds de pensions, qui gèrent les dizaines de milliards de dollars (ou de francs) d’avoirs de leurs adhérents.

Et si ces fonds de pension apprécient les prêt sur titres, c’est qu’ils y trouvent leur compte: détenteurs de vastes paquets d’actions, ils les prêtent à d’autres investisseurs professionnels, généralement des hedge funds. Ces derniers peuvent ainsi s’adonner à la «vente à découvert» («short-selling»), c’est à dire vendre un titre sans même le posséder afin de le racheter à meilleur prix quelques heures ou jours plus tard, et réaliser ainsi un profit rapide (mais risqué). Le prêteur encaisse pour sa part une rémunération pour la location de ses titres, ce qui lui permet d’accroître ses revenus. Lesquels arrondissent la fortune à disposition des retraités et futurs retraités. Qui doivent donc une partie de leur bien-être matériel aux fruits de la spéculation financière.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

La malédiction de Kadhafi: quand la justice rattrape la politique

GéopolitiqueArticleLibre

La malédiction de Kadhafi: quand la justice rattrape la politique

Quinze ans après la chute du régime libyen, l’ombre de Mouammar Kadhafi plane encore sur la scène française. La condamnation de Nicolas Sarkozy ne relève pas seulement d’un dossier judiciaire: elle symbolise le retour du réel dans une histoire d’alliances obscures, de raison d’Etat et de compromissions. Ce que la diplomatie avait tenté d’oublier, la justice le remet aujourd’hui en lumière.

Othman El Kachtoul