Trains suisses: «la pire détérioration de l’horaire de tous les temps»

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 30 juin 2023 · 3 min de lecture

Trains suisses: «la pire détérioration de l’horaire de tous les temps»
© MHM55 - CC BY-SA 4.0

Cela n’en finit pas. Un horaire 2024 des CFF qui pénalise les Romands, Jurassiens et Neuchâtelois surtout mais pas qu’eux. Une modernisation de la gare de Lausanne qui attend la Saint Glinglin. Et ces jours l’annonce de chantiers qui provoqueront ces prochains mois perturbations et retards, du Léman vers Fribourg et vers Brigue. Mais attendez, ce n’est pas tout. Voyez ce qui se mijote pour les prochaines décennies...

Lire aussi: L’insondable culot du patron des CFF


Les projets de l’Office fédéral des transports et des CFF commencent à sortir discrètement. Dans un charabia nébuleux. Côté rail, l’avenir va coûter cher aussi. 19 milliards prévus, peut-être réduits à 15. Pour aboutir à quoi? A une dégradation du trafic dès 2035! On croit rêver. Pas seulement pour les Romands. Les Alémaniques auront droit aussi à de nouveaux tracas. Ainsi il est prévu que les TGV de Paris n’iront plus jusqu’à Zurich mais seulement jusqu’à Bâle. Les trains rapides allemands, les ICE, idem, alors qu’aujourd’hui ils arrivent sur la Limmat, à Lucerne et quelques fois même jusqu’à Interlaken. Le trajet de Zurich à Vienne est déjà long, huit heures, il durera encore 40 minutes de plus à la suite d’une modification de tracé: il ne passera plus par St-Gall et St-Margrethen mais par Sargans. Quant au train EC de Munich, l’un des pontes des CFF propose qu’il finisse sa course à St-Gall, tant pis pour les Zurichois. Et là aussi il faudra compter une demi-heure de plus. En fait, les seules vraies améliorations planifiées sont celles entre Berne et Zurich et sur la ligne du Gotthard, à partir de Zurich.

Les Lucernois font aussi la grimace. Plus de trains directs vers la Suisse romande. Plus non plus entre Bâle, Lucerne et le Tessin. Le trafic transalpin vers le sud se fera principalement à partir de Zurich. Un train par heure vers Bâle au lieu de deux aujourd’hui. La modernisation en cours de la gare n’amènera guère d’amélioration.

Tous ces problèmes, dit-on, parce que le réseau ferroviaire suisse a mal vieilli et aussi en raison d’une mauvaise surprise. Les trains dits Dosto qui s’inclinent dans les virages – comme une moto! –, applaudis lorsqu’ils ont été commandés il y a une vingtaine d’années, aujourd’hui en service notamment entre le bassin lémanique et la Limmat, ces tortillards rapides ont déçu les attentes, de l’aveu même du directeur général des CFF. Ils sont inconfortables, mal adaptés au réseau actuel. Ils doivent donc ralentir. Tous les horaires s’en ressentent. Des améliorations techniques, fort coûteuses, sont envisagées, quelques corrections des voies aussi. Mais il semble bien que l’on aille vers l’abandon de cette technologie.

Les cantons commencent, timidement, à dire leur colère devant ces plans d’avenir foireux. La CITraP, communauté d’intérêts des transports publics, dénonce «la pire détérioration de l’horaire de tous les temps». Ajoutant en toute logique: «les 19 milliards de francs accordés par le Parlement jusqu’en 2035 pour l’extension du réseau ferroviaire doivent conduire à des améliorations pour les clients, et non à des détériorations ».

Ces plans à long terme n’ont pas encore été révélés officiellement. Il faut être un brin curieux pour les découvrir. Manifestement ce n’est pas ce qu’ont fait les parlementaires, déjà pris par la somnolence estivale. Ou obsédés par leurs manœuvres préélectorales. Se réveilleront-ils? Songeront-ils au bien public et pas seulement à leur carrière? Suivront-ils la suggestion du conseiller aux Etats Olivier Français, bien seul dans ce domaine, qui les voudraient plus «vindicatifs» selon ses termes à la radio?

Les trains helvétiques sont déjà les plus chers d’Europe. Les plus lents aussi, faute de lignes à grande vitesse. La perspective d’une nouvelle détérioration fait mal si l’on se souvient du génie ferroviaire d’autrefois. Quand à la fin du XIXème siècle, le rail se répandait partout, même jusqu’à tant de sommets. Vous souvenez-vous du l’Orient-Express qui reliait Paris à Istanbul avec un arrêt… à Territet? Les pionniers d’alors, pressés et audacieux, voulaient aller partout, plus vite et plus loin. On pense avec eux avec une singulière nostalgie.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

HistoireBrèveLibre

Quand Migros était accusée de « dictature économique »

Bien avant Uber et les plateformes numériques, l’arrivée d’un nouvel acteur capable de bouleverser un secteur économique provoquait déjà des levées de boucliers. À Lausanne, fin 1945, commerçants et artisans manifestaient contre l’expansion de Migros. Le vocabulaire employé rappelle étrangement certains débats contemporains.

Assurance-maladie: 150 ans de promesses pour rendre la facture supportable

ÉconomieArticle

Assurance-maladie: 150 ans de promesses pour rendre la facture supportable

En 2027, les primes d’assurance-maladie devraient encore augmenter. Les principales estimations tablent sur une hausse de 4 à 5 %. Le chiffre officiel tombera fin septembre. Chaque année ou presque, le même bal se répète. Nous avons plongé dans cent cinquante ans d’archives de presse helvétiques pour retracer l’histoire de l’assurance-maladie et des débats incessants sur son financement. Certaines questions posées aujourd’hui l’étaient déjà il y a plus d’un siècle.

Martin Bernard

A son tour, l’UBS s’en prend à l’AVS

ÉconomieLu ailleursLibre

A son tour, l’UBS s’en prend à l’AVS

Lors de la session d'été, le Parlement a refusé de financer de manière raisonnable la 13e rente AVS. C'est maintenant au tour du géant bancaire de passer à l'attaque en proposant une refonte radicale du système de prévoyance vieillesse en Suisse. Les bénéficiaires de ce remaniement? Le secteur financier, y compris l’UBS, et les riches.

Marco Diener

Plus d’heures de travail, moins de salaire

ÉconomieLu ailleursLibre

Plus d’heures de travail, moins de salaire

Alors qu’en Suisse les hôpitaux, les EMS et de nombreux secteurs peinent à recruter, le Parlement fédéral multiplie les attaques contre le droit du travail. Conditions de travail dans les soins, salaires minimaux, travail dominical ou temps partiel: sous la pression des milieux patronaux et des assureurs, plusieurs protections des salariés sont remises en cause au moment même où la pénurie de personnel qualifié atteint un niveau critique.

Bon pour la tête