Certains malades du covid-19 présentent le symptôme de l’anosmie, soit la perte de l’odorat. Si ne plus sentir l’odeur de sa poubelle n’est pas forcément une tare, à part si l’on vit à plusieurs, ce syndrome plus ou moins passager est une véritable torture pour qui aime passer à table. En tout cas, une expérience étrange. Parole d’expert, puisque le virus a fini par m’attraper. Voici quelques conseils pour tenir bon.
Les repas, ces «meilleurs moments de la journée» selon le fameux mot de mon père (ou de moi, je ne sais plus), c’est sacré. D’autant qu’on est condamné à vivre isolé. Même pour quelques jours. Un peu comme le sexe, le fait de passer à table te permet de te dire: «enfin je jouis». C’est un moment culminant au milieu d’occupations davantage médiocres, les Allemands diraient un Höhepunkt. Oui, sauf que lorsque les narines ne font plus leur boulot et que nul n’est là pour faire la conversation (à part Pascal Praud), figurez-vous qu’il ne reste pas grand-chose à déguster. Manger sans sentir ce qu’on mange, ce n’est pas manger; c’est se nourrir.
La perte de l’odorat s’apparente dans les faits à une perte de goût. Le goût, à strictement parler, ne permet que de sentir si un aliment est sucré, salé, acide ou amer. Et éventuellement, de sentir s’il est très salé. Sinon, basta. Le goût a presque tout délégué à l’odorat, qui lui seul te dit si la trente-septième infusion de ta journée de confiné est à la verveine, au gingembre ou à la menthe. Eh oui. Et c’est quand même important dans une dégustation, non? C’est pourquoi l’on pourrait tôt se dire: à quoi bon se nourrir, à quoi bon vivre si c’est pour ne rien déguster?





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