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Paix française en Polynésie

Norbert Creutz

Par Norbert Creutz · Publié le 30 décembre 2022 · 5 min de lecture

Paix française en Polynésie
© SISTER DISTRIBUTION

Film de l'année pour «Les Cahiers du cinéma», «Pacifiction» d'Albert Serra ne tient pas vraiment ses promesses. Le cinéaste catalan expérimental y revient certes à un cinéma plus narratif, mais pour mieux lâcher le fil en cours de route.

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C’est un film fait pour épater un certain public, cultivé et blasé. Et ça marche! Sinon totalement à Cannes, où Albert Serra a pour la première fois accédé à la compétition, mais sans remporter de prix, du moins auprès de la critique, puisque Pacifiction vient d’être élu «film de l’année» par les rédacteurs des Cahiers du cinéma. Malgré la perte d’aura de cette revue, une référence qui peut encore flatter l’ego et impressionner les gogos. Le problème, c’est qu’à force, les cinéastes les plus malins ont là aussi compris comment s’y prendre: retranchez du scénario et du contexte, rajoutez de la durée et du mystère, et vous aurez droit à des délires théoriques de haut vol! Considéré la tête un peu plus froide, Pacifiction est un film qui vaut le détour pour une certaine originalité, des fulgurances sporadiques et la grosse performance de Benoît Magimel. Par contre, on se saurait garantir de satisfaction.

Après cinq longs-métrages de fiction logiquement restés confidentiels, qui lui ont valu une réputation auprès de l’intelligentsia, Albert Serra a enfin daigné faire un petit effort en direction du public. Quittant les figures littéraires et historiques qui furent jusqu’ici la source de son inspiration (Don Quichotte, Les Rois mages, Casanova, Louis XIV), quitte à les malmener, le cinéaste catalan, 46 ans, a donc enfin réalisé un film dont l’action est contemporaine. On y suit un protagoniste auquel on pourrait presque s’identifier – un représentant de l’Etat français en Polynésie confronté à des rumeurs, mystères et menaces diffuses – avant de réaliser qu’il est lui-même le principal point d’interrogation du film. Au passage, on aura vu des bouts d’îles pas franchement paradisiaques, deviné turpitudes et corruption, pour finir guère plus avancé au bout de 2h45. Tout dépend ainsi de votre tolérance envers un certain flou artistique.

Une menace sur Tahiti

Nous voici donc à Tahiti, où de Roller, le Haut-Commissaire de la République, a l’air comme un poisson dans l’eau. Proche des gens, ce quadragénaire passe d’une réception officielle à une séance de consultation via des établissements plus ou moins louches. Son souci de pacification de sa région est sincère, son habileté diplomatique bien réelle, mais sa solitude (il n’a pas de famille) le rend potentiellement vulnérable. Certaines forces locales ou étrangères chercheraient-elles à en profiter? Ou au contraire, de Roller garde-t-il toujours un coup d’avance? Au moment où la rumeur d’une reprise des essais nucléaires français, malgré leurs conséquences néfastes reconnues sur la santé et l’environnement, se fait insistante, les esprits s’échauffent…

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