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Mastroianni, de fille en père

Norbert Creutz

Par Norbert Creutz · Publié le 31 mai 2024 · 7 min de lecture

Mastroianni, de fille en père
© Frenetic Films

Premier film de la compétition cannoise à parvenir dans nos salles, «Marcello mio» de Christophe Honoré offre à Chiara Mastroianni une occasion de briller sur les traces paternelles. Plein de jolies idées pas toujours idéalement réalisées, un spectacle «gender fluid» qui devrait ravir les cinéphiles les plus branchés mais pourrait bien laisser de bois le reste du monde.

Sommaire

Inviter Chiara Mastroianni à jouer son père dans un film de fiction qui ne serait pas un biopic: le projet intriguait sans qu’on parvienne à entrevoir ce que cela pourrait donner. On peut donc savoir gré à Christophe Honoré, fort d’une complicité forgée à travers six films et une pièce en commun, d’avoir osé et par là même offert à une actrice qui nous est chère un de ses plus beaux rôles: le sien, soit celui d’une comédienne en retrait, qui a tendance à s’effacer derrière les autres, à commencer par ses illustres parents. Au point de décider un jour de se transformer en son père défunt, auquel elle ressemble plus qu’à Catherine Deneuve, sa mère toujours vaillante invitée à participer elle aussi. D’une fantaisie souvent épatante, Marcello mio vaut clairement le coup d’œil. Mais on lui en veut tout autant de ne jamais parvenir aux sommets espérés.

Les premiers plans, montage confus d’impressions de rue à l’aube, semblent déjà annoncer un film bricolé, un peu improvisé. D’une roulotte de maquillage sort soudain Chiara, changée en… Anita Ekberg dans La dolce vita, pour rejouer la mythique scène de la Fontana di Trevi dans une fontaine parisienne. C’est l’idée d’une photographe imbuvable qui crie ses directives sans se soucier de l’inconfort de son actrice/modèle, laquelle finit par craquer. Marre d’être malmenée, marre d’être toujours ramenée à ça (son statut de fille de, mais aussi son genre). L’idée est excellente, mais comme trop souvent chez Honoré, c’est réalisé «à la volée», autrement dit n’importe comment, sans vrai regard.

Le malaise se précise un peu plus tard pour cette pauvre Chiara, invitée à faire des essais avec Fabrice Luchini pour un film de Nicole Garcia: celle-ci met les pieds dans le plat en lui demandant de jouer «plus Mastroianni que Deneuve». La scène, répétée dans un bel intérieur parisien, a surtout l’air bien vieillotte. Ironie aux dépends de Garcia, devenue la championne d’un certain cinéma bourgeois, ou clin d’œil à Truffaut et sa Nuit américaine? Ce sera surtout l’occasion d’un «coup de foudre amical» avec Luchini, décrit plus tôt par maman Deneuve comme quelqu’un d’absolument correct. Et cela continue avec Chiara qui se met à chantonner un air de son disque avec son ex-mari Benjamin Biolay (Home, 2004), lequel ne tarde pas apparaître à l’écran: ils répètent pour un tour de chant qu’ils vont donner un peu plus tard.

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