Réservé aux abonnés

«Mama Bobo»: pour terminer en beauté

Stéphane Venanzi

Par Stéphane Venanzi · Publié le 26 août 2018 · 3 min de lecture

«Mama Bobo», indépendamment de sa brièveté, est une indéniable réussite. Un court-métrage qui se révèle à la fois thématiquement riche et parfaitement maîtrisé cinématographiquement. Peut-être tout simplement la plus belle surprise de cette treizième édition de Cinémas d'Afrique.

L’histoire de Mama Bobo, c’est un griot qui nous la raconte. Et comme toutes les fables qui se respectent, elle nous propose évidemment, au-delà de l’intrigue proprement dite, une leçon sur laquelle méditer. Ainsi, à travers la mésaventure vécue par Mama Bobo, qui voit son quotidien complètement chamboulé par les transformations à l’oeuvre dans son quartier, Robin Andelfinger et Ibrahima Seydi ne se contentent pas d’évoquer un drame individuel. Ils nous interrogent sur notre capacité à faire face collectivement à la déshumanisation de la société.

Et les deux réalisateurs le font non seulement avec métier, mais aussi avec honnêteté. L’écriture comme la facture très cinématographiques du film (flash-back, ellipses multiples, scènes chocs), n’empêchent pas la réalité de s’imposer, même lorsqu’elle se révèle par trop cruelle. Preuve en est: la touchante mobilisation des gens du quartier pour venir en aide à Mama Bobo n’empêchera pas le décès de celle-ci. On est au Sénégal, pas à Hollywood!

Ainsi, la différence fondamentale entre Mama Bobo et un film tel que Five fingers for Marseilles de Michael Matthews (le western présenté samedi soir au Théâtre de Verdure), c’est que le second, en plus d’être mauvais, est un pur cinéma d’imitation. Mama Bobo quant à lui, mis à part intelligence de sa construction, sa plastique superbe et une sensibilité émouvante, s’inscrit pleinement dans l’histoire du septième art et la prolonge.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Comment l’Inde a transformé le monde

CultureArticle

Comment l’Inde a transformé le monde

«La Route de l’Or», de William Dalrymple, qui vient de paraître aux Editions Noir sur Blanc, raconte la période durant laquelle l’Inde ancienne a étendu son empire intellectuel et économique, tant à l’Est qu’à l’Ouest. Et comment celui-ci a décliné, en partie parce que les Indiens ont donné aux Européens la science des mathématiques.

Patrick Morier-Genoud

«Le rire n’a jamais été totalement libre»

CultureArticle

«Le rire n’a jamais été totalement libre»

Le rire occupe une place paradoxale dans les sociétés humaines. Il est à la fois profondément ancré dans notre nature et régulièrement surveillé et cadré. Voilà la retranscription d’un extrait de l’entretien que Rémy Watremez a accordé à «Antithèse». S’appuyant notamment sur les analyses d’Henri Bergson, abordant les polémiques autour de Blanche Gardin ou Dieudonné, il explore ce que le rire révèle de notre humanité, et aussi les tensions qu’il suscite aujourd’hui dans l’espace public.

Rémy Watremez

Quand notre culture revendique le «populaire de qualité»

CultureArticle

Quand notre culture revendique le «populaire de qualité»

Du club FipFop aux mémorables albums à vignettes des firmes chocolatières NPCK, ou à ceux des éditions Silva, en passant par les pages culturelles des hebdos de la grande distribution, une forme de culture assez typiquement suisse a marqué la deuxième décennie du XXe siècle et jusque dans la relance du festival de Locarno... Et maintenant, entre clics et «likes»?

Jean-Louis Kuffer

A Gaza, la poésie survit sous les bombes

CultureArticle

A Gaza, la poésie survit sous les bombes

L’armée israélienne détruit méthodiquement Gaza avec la volonté affichée de faire disparaître non seulement les Palestiniens qui y vivent mais aussi leur culture. Une anthologie de la poésie gazaouie d’aujourd’hui vient de paraître, regroupant les poèmes de vingt-six autrices et auteurs − dont certains ont été tués par les bombes – qui résistent avec leurs vers pour seule arme. Extraits.

Patrick Morier-Genoud