Réservé aux abonnés

Les vents mauvais de l’est

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 21 juillet 2017 · 5 min de lecture

Les vents mauvais de l’est
Varsovie, jeudi 20 juillet 2017. - @ DR

Clameurs à Varsovie: chaque soir des foules protestent dans la rue contre la volonté du gouvernement d’asservir la justice au pouvoir. Le parti dominé par l’inénarrable Jaroslaw Kaczynski s’en moque. Comme il se moque des mises en garde de l’Union européenne. En Hongrie, les médias gouvernementaux déversent des horreurs sur la «mafia de Bruxelles». En République tchèque, le milliardaire Andrej Babis, ministre des finances, s’apprête à gagner les prochaines élections. Lui aussi s’oppose sans cesse aux discours tenus au Parlement européen et à la Commission. Les vents anti-démocratiques de l’est sont plus dangereux pour l’Union que le Brexit. Car là, ce n’est pas une question de sous mais de principes.

Sommaire

La colère des Polonais et Polonaises attachés à l’Etat de droit n’en finit pas de gronder. Les manifestations de rue attirent maintenant des jeunes, c’est nouveau, et des gens jusque là non rompus à la politique. La presse restée libre – jusqu’à quand? – se déchaîne aussi. Pourquoi? Parce que le gouvernement veut en finir avec la séparation des pouvoirs selon Montesquieu. Le système judiciaire doit être, lui aussi, aux ordres du parti. Ce parti conservateur Droit et justice (PiS) a déjà désamorcé les compétences du Tribunal constitutionnel et changé sa tête. Il y eut alors de vives protestations mais l’affaire restait abstraite pour l’opinion. Aujourd’hui, beaucoup de gens comprennent qu’en nommant directement les juges, en mettant la main sur toutes les affaires, le pouvoir menace leurs libertés.

L’Union européenne juge que cette nouvelle loi porte atteinte aux principes mêmes de la maison commune. Certains, à Bruxelles, envisagent des sanctions: priver la Pologne du droit de vote. «Une bombe nucléaire», disent-ils. Une bombinette plutôt qui pourrait au contraire renforcer les nationalistes. D’autant plus qu’il faut l’unanimité des membres pour cela. Or la Hongrie s’y opposerait. Alors quoi? Couper le robinet des milliards déversés chaque année sur la Pologne au titre de la solidarité? Les Allemands, pour l’instant, s’y refusent. Sur leur voisinage de l’est, ils avancent comme sur des œufs. Le passé est si lourd. 

Reste à espérer que la colère populaire prenne de l’ampleur et finisse par troubler les caciques ultra-nationalistes. Mais leur majorité a encore plus de trois ans devant elle. On n’a pas fini de s’indigner. Le prochain pas annoncé, en contradiction encore avec toutes les règles européennes, c’est une loi interdisant aux étrangers de posséder plus 30% des entreprises de médias. Le groupe Ringier Axel Springer a du souci à se faire.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

GéopolitiqueBrèveLibre

A l’ONU, Zelensky et Netanyahou face à des sièges vides

Deux dirigeants au cœur de la politique étrangère occidentale de ces dernières années, deux discours devant une Assemblée générale de l’ONU largement clairsemée. Au-delà des circonstances différentes, les images de Volodymyr Zelensky et Benjamin Netanyahou donnent à voir un isolement politique devenu difficile à ignorer.

«Je ne voudrais pas passer pour un raciste»

GéopolitiqueArticle

«Je ne voudrais pas passer pour un raciste»

Cette chronique humoristique met en scène les tragi-comiques péripéties des Schinken Pochon, une famille bien suisse. Ses membres réagissent diversement à l’actualité, en fonction de leurs convictions et de leurs névroses — l’un allant rarement sans l’autre. Dans cet épisode, c’est Simon-Pierre, le fils, qui prend la parole.

Patrick Morier-Genoud

La provocation du pape: il ose exiger la paix 

GéopolitiqueArticle

La provocation du pape: il ose exiger la paix 

Les chefs d’Etat européens, à de rares exceptions près, ne prononcent plus le mot paix. Ils préfèrent répéter qu’ils se préparent à la guerre. Dans une escalade de discours musclés et de milliards pour les armes. Et voilà que le pape Léon XIV renverse la table lors de son voyage en France. Pas sûr que ses mots, son appel urgent au dialogue, aient été perçus dans toute leur force.

Jacques Pilet