Réservé aux abonnés

Les réfugiés hongrois en Suisse, entre bonne conscience et exotisme

Marie Céhère

Par Marie Céhère · Publié le 10 décembre 2021 · 9 min de lecture

Les réfugiés hongrois en Suisse, entre bonne conscience et exotisme
Réfugiés hongrois à Buchs (SG) en 1956. - © ETH Zurich/Fortepan

Le réfugié hongrois de 1956 est devenu avec le temps un exilé modèle, le parangon de l’assimilation à la Suisse. Pourtant, sur plus de 13’000 personnes accueillies alors, 2’000 environ ont finalement choisi de rentrer en Hongrie au bout de quelques années, parfois quelques mois. Tiphaine Robert, docteure en histoire de l’université de Fribourg, a étudié l’arrivée en Suisse et les raisons du retour au pays de ces migrants idéalisés.

Sommaire

Novembre 1956. Dans les gares de Zurich, Berne ou Lausanne, les mêmes scènes de liesse. Une foule enthousiaste accueille les réfugiés hongrois avec chocolat et chaleur humaine. On estime qu’après l’écrasement de l’insurrection de Budapest par les chars soviétiques, environ 2% de la population hongroise, 200’000 personnes, ont fui le pays. 13’000 se sont installées (ou ont été installées) en Suisse, ce qui en fait le pays d’Europe le plus ouvert.

L’enthousiasme du «monde libre»

Avant même leur arrivée, ces réfugiés bénéficient d’une image très positive, véhiculée par la presse et encouragée par le gouvernement. Tiphaine Robert identifie deux causes principales à cela: une cause idéologique et des raisons économiques, pragmatiques.

Dès le 4 novembre, au commencement de la répression, le Conseil fédéral présidé par Markus Feldmann (parti des paysans, artisans et indépendants) condamne l’intervention soviétique à Budapest. Des manifestations réunissent jusqu’à 100’000 personnes dans les grandes villes, on observe des minutes de silence, on veut aider les «héros» hongrois. 

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

HistoireBrèveLibre

Quand Migros était accusée de « dictature économique »

Bien avant Uber et les plateformes numériques, l’arrivée d’un nouvel acteur capable de bouleverser un secteur économique provoquait déjà des levées de boucliers. À Lausanne, fin 1945, commerçants et artisans manifestaient contre l’expansion de Migros. Le vocabulaire employé rappelle étrangement certains débats contemporains.

Quand la Suisse a laissé filer le financier présumé du génocide au Rwanda

GéopolitiqueArticle

Quand la Suisse a laissé filer le financier présumé du génocide au Rwanda

Accusé d’avoir joué un rôle majeur dans le génocide des Tutsi au Rwanda, Félicien Kabuga a séjourné en Suisse en 1994. Par manque de courage, les autorités helvétiques, pourtant alertées à plusieurs reprises, ont choisi de l’expulser plutôt que de tenter de le poursuivre en justice. Une décision politique dont la responsabilité a ensuite été reportée sur un seul fonctionnaire.

Anne Emery-Torracinta

Quand la Suisse soutenait les génocidaires du Rwanda

HistoireArticle

Quand la Suisse soutenait les génocidaires du Rwanda

Le récent livre de Anne Emery-Torracinta éclaire un sombre chapitre de la coopération suisse. Et ses causes aussi, comme l’aveuglement de la Direction du développement et de la coopération (DDC) qui, aujourd’hui encore, fonctionne comme un Etat dans l’Etat, enfermée dans sa logique, sans guère considérer les enjeux politiques. Question actuelle: le conseil fédéral a annoncé fin juin sa volonté de revoir de fond en comble les voies et les méthodes de l’aide à l’étranger.

Jacques Pilet