Les migrants et le bal des hypocrites

Guy Mettan

Par Guy Mettan · Publié le 10 décembre 2021 · 2 min de lecture

Les migrants et le bal des hypocrites
Des migrants arrivant sur l'île italienne de Lampedusa, août 2007. - © Sara Prestianni/Noborder Network

Du Pas-de-Calais à la frontière polono-biélorusse, du camp de Lesbos à la muraille électrique qui sépare le Mexique des Etats-Unis, le problème des migrants met le feu aux frontières et sème le trouble dans l’ensemble des pays occidentaux depuis des décennies sans que jamais on ait tenté de le traiter sérieusement. Attention patate chaude!

Il est amusant de constater que le sommet pour la démocratie convoqué jeudi par le président Biden pour battre le rappel de ses troupes contre la Russie, la Chine, l’Iran et quelques dizaines d’autres indésirables – soit près de la moitié de l’humanité tout de même – n’aura pas abordé cette question lancinante, qui non seulement met à mal nos «valeurs» humanistes mais est indigne de démocraties qui se veulent exemplaires. Comment peut-on proclamer la supériorité de notre modèle sur les soi-disant autocraties quand on laisse des gens mourir par centaines à nos portes? 

Loukachenko a eu beau jeu de revêtir une blouse d’infirmier pour aller donner de la soupe aux migrants que l’Union européenne – la Pologne en l’occurrence – repoussait à coups de crosse de fusil. On a beau dénoncer avec indignation les palinodies du «tyran» de Minsk, l’image est dévastatrice. Et que dire de ces milliers de gens qui mendient dans les rues de Kaboul depuis la suspension des aides financières et alimentaires sous prétexte de ne pas «soutenir» des talibans auxquels on a livré le pouvoir sans se préoccuper du reste?

Quel crédit peut-on conserver quand on annonce le boycott diplomatique des JO de Pékin parce que la Chine commettrait des «crimes contre l’humanité» contre la minorité ouïgoure du Sinkiang quand on laisse crever les migrants africains dans la mer Méditerranée et les déplacés au Yémen et au Baloutchistan? N’est-ce pas aussi une forme de génocide, encore plus cruel que l’autre, puisqu’on ne fait même pas semblant de les nourrir et de les héberger?

La Suisse, qui écrème les migrants en recueillant les plus formés ou les plus nécessaires à son économie, n’a évidemment aucune leçon à donner. N’étant pas un pays de premier accueil, elle peut se replier dans ses frontières en espérant que personne ne la remarque. 

Loin de moi l’idée d’ouvrir toutes grandes les frontières et de larmoyer avec les ONG médiatisées qui prennent la pose avec les victimes pour mieux délier les bourses. Leur commerce est aussi pitoyable. 

Le premier pas, à mes yeux, consiste d’abord à mettre fin aux hypocrisies: à reconnaitre que ces flux de réfugiés ont d’abord été provoqués par nos guerres d’invasion – Syrie, Irak, Afghanistan, Libye – par notre appétit de matières premières à bon marché qui conduit au pillage de l’Afrique et à la corruption de ses gouvernants, et par les besoins de nos entreprises en main d’œuvre étrangère qualifiée pour les unes et bon marché pour les autres.

Quand nous aurons reconnu cela, nous aurons fait un grand pas – démocratique – en avant!

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