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Les médias publics et le mythe du journalisme neutre

Jonas Follonier

Par Jonas Follonier · Publié le 22 novembre 2018 · 5 min de lecture

Les médias publics et le mythe du journalisme neutre
© 2018 Bon pour la tête / Johanna Marcela Castellanos

Dans un entretien récent pour la «NZZ am Sonntag», la nouvelle directrice de la SRF Nathalie Wappler a déclaré que son média public ne devrait plus faire de «journalisme d’opinion» et privilégier les sujets culturels. Aux yeux des observateurs qui, comme moi, ne croient pas une seconde à la neutralité journalistique, cette annonce sonne faux. Mieux vaut au contraire assumer le débat d’idées et miser sur le pluralisme d’opinions.

Sommaire

On le sait, le climat est tendu actuellement à la RTS et son homologue suisse allemande. A l’occasion de la campagne «No Billag», les critiques ont fusé à l’encontre de ce mastodonte du journalisme suisse qui, rappelons-le, se délectait de faire partie de «l’identité suisse». Et les critiques ne sont pas près de s’arrêter. Elles n’émanent d’ailleurs pas seulement de ce que les mauvaises langues appellent la «fachosphère»: toute une frange libérale de la population se questionne à juste titre sur l’utilisation de cet argent récolté par une redevance imposée à tous les contribuables. De même, le côté «orienté» et «inquisiteur» de la RTS et de la SRF fâche de plus en plus de citoyens. Pascal Couchepin, interviewé dernièrement sur Léman Bleu, regrettait ainsi l’esprit moralisateur de la télévision publique à l’encontre de Pierre Maudet.

Un aveuglement de plus

Bref, il y a une méfiance grandissante envers nos médias nationaux. C’est dans ce contexte que la nouvelle directrice de la SRF Nathalie Wappler, élue le 5 novembre dernier, a annoncé à la NZZ am Sonntag que le journalisme d’opinion devait être banni de la SRF. Une première remarque s’impose : si la SRF doit abandonner le journalisme d’opinion, cela veut dire qu’il y en avait! Et si elle juge opportun et important de mettre cet élément sur la table, c’est que la présence de ce type de journalisme n’était pas négligeable. Nathalie Wappler ferait-elle un mea culpa, avouant une idéologie de gauche que l’UDC suisse-allemande ne cesse de lui reprocher?

Certainement pas. La volonté de la nouvelle directrice ne signe aucune remise en question, mais bien un aveuglement de plus. Son rôle d’information, oui, bien sûr que la SRF le remplit, et bien sûr qu’elle doit continuer à le faire. Mais le journalisme neutre? Une grande farce, voilà en quoi il consiste! Qu’est-ce qu’être neutre? Ne pas prendre parti. Or, il y au moins un parti à prendre, quand on est journaliste: celui de la question intelligente et investie. Commenter, creuser, être impertinent (mais respectueux), dialoguer, bousculer, analyser, apporter des objections. Ne pas faire de la censure: au contraire, accepter son adversaire, et lui témoigner de l’estime, de l’honnêteté intellectuelle et du professionnalisme. Du journalisme.

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