«Les bas revenus sont à nouveau les grands oubliés de la crise»

Peter Marbet est le nouveau directeur de Caritas Suisse. Alors que la pandémie a plongé des dizaines de milliers de personnes dans la précarité, menaçant de créer une véritable bombe sociale à retardement, il pointe l’urgence de rouvrir le débat sur la pauvreté et l’aide sociale en Suisse. Interview.
La Suisse n’a jamais connu pareille crise sociale depuis la deuxième guerre mondiale. Si le pays comptait plus de 735 000 pauvres et plus de 1,35 million de personnes menacées de l’être en 2019, ils seraient des dizaines de milliers de plus aujourd’hui, victimes collatérales de la pandémie de Covid-19, et pourraient être encore des milliers de plus demain. C’est dans ce contexte mouvementé que le Bernois Peter Marbet, 53 ans, a repris les rênes de Caritas Suisse. Il succède à Hugo Fasel, parti à la retraite fin 2020 après douze ans à la tête de l’organisation la plus directement confrontée aux ravages sociaux de la crise. Historien de formation, élu socialiste au parlement de la ville de Berne et ancien directeur du Centre de formation en soins infirmiers de la capitale, Peter Marbet exhorte les politiques à prendre des mesures rapides et efficaces pour lutter contre la pauvreté et garantir la stabilité sociale du pays.
Peter Marbet, vous êtes entré chez Caritas Suisse en novembre dernier, pile pendant la deuxième vague de Covid-19, avant d’en reprendre officiellement la direction le 1er janvier. On peut dire que vous avez mal choisi votre moment…
Au contraire, c’est sûrement le moment le plus intéressant! Il y a des avantages et des inconvénients à reprendre la barre du navire en pleine tempête. La pandémie nous pose bien sûr pas mal de défis sur le plan organisationnel. Mais elle nous a aussi permis de réaliser l’une des plus grandes récoltes de dons de notre histoire avec près de dix millions de francs reçus via l’opération de la Chaîne du Bonheur. De quoi mener la plus grande action d’aide jamais réalisée par Caritas en Suisse avec quelque 100 000 personnes aidées en 2020, via l’octroi d’une aide financière ponctuelle – jusqu’à 1000 francs pour les personnes seules et jusqu’à 3000 francs pour les familles, via la remise de bons alimentaires ou via la mise à disposition de prestations gratuites: soins ou livraison de courses à domicile, transport, conseils en matière d’endettement… Nous sommes loin d’être sortis de cette crise, les défis sont encore considérables mais ils ne me font pas peur, ils me portent.




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