La vérité au fond d’une tasse de café

Doménica Canchano Warthon

Par Doménica Canchano Warthon · Publié le 27 octobre 2020 · 3 min de lecture

La vérité au fond d’une tasse de café
En Turquie, lire l'avenir dans le marc de café est illégal. Une application proposant ce service en ligne rencontre pourtant un succès phénoménal. - © DR

En Turquie, lire au fond de sa tasse de café pour prédire l'avenir est une tradition ancienne à qui une application a ouvert de nouvelles frontières, avec succès. Depuis son lancement début 2017, plus de vingt millions de personnes, principalement en Turquie et dans les pays du Golfe, l'ont téléchargée. Cette plateforme opère dans une sorte de zone grise car en Turquie, la lecture du marc de café est illégale, comme le raconte le magazine «Rest of World».

Sommaire

Je ne me souviens pas de ma réaction la première fois que mon amie turque m’a fait la lecture du fond de ma tasse de café, mais je me rappelle de tous les autres moments semblables qui ont suivi. Parce qu’au fil du temps, c’est devenu un rituel, et cette cérémonie a renforcé notre amitié. Lorsqu’un invité arrive chez elle, le café est le fait partie de l’accueil. La grande majorité des Turcs, même ceux qui disent ne pas y croire, ont lu l’avenir dans le marc de café au moins une fois dans leur vie. Un proverbe dit même: Fala inanma ama falsiz da kalma, ce qui pourrait être interprété comme: «Ne croyez pas ce que les voyants vous disent, mais ne vous privez pas d’aller vous faire lire l’avenir».

La pratique consistant à prédire l’avenir en lisant dans le marc de café (ci-dessus) s’appelle la cafédomancie. © DR

Alors, une vieille tradition peut-elle se combiner avec succès à la technologie? Plus de 20 millions de personnes principalement en Turquie et dans les pays du Golfe, peuvent le confirmer. Chaque jour, les utilisateurs de l’application Faladdin téléchargent des photos de leurs tasses et un millier de visionnaires fournissent des lectures personnalisées en un quart d’heure. Parmi ces lectures, sept cent mille sont en turc, deux cent mille en arabe et cent mille en anglais.

Sertaç Taşdelen est un entrepreneur turc qui a créé l’application Faladdin. L’art de la voyance (en turc son nom est fal), il l’a appris grâce à sa mère Binnaz, autrice d’un livre célèbre sur le sujet. Pendant plus de trente ans, Binnaz a dirigé une pharmacie dans la capitale turque, Ankara, où le futur entrepreneur travaillait l’après-midi après l’école. C’est là que sa mère avait l’habitude de lire les marcs de café. Mais une conversation entre Taşdelen et un collègue aurait changé sa vie et celle de sa mère. L’homme connaissait la célébrité de la dame et lui a demandé de lui révéler ce qui se dessinait au fond de sa tasse de café. Les deux hommes lui ont alors envoyé une photo. Quelques minutes plus tard, la mère de Taşdelen a communiqué sa lecture. L’idée de l’application était née. C’est ainsi que naissent les fortunes.

Cette plateforme et d’autres du même genre fonctionnent dans une sorte de zone grise: bien qu’il soit illégal de lire dans le marc de café en Turquie, ceux qui le font sont rarement punis. Mais pendant des décennies, les gens qui lisaient l’avenir dans les tasses ont été contraints de travailler illégalement.

Depuis l’année dernière, Taşdelen a décidé de confier les textes à une plateforme d’intelligence artificielle afin qu’ils puissent lire l’avenir de manière indépendante. Pour l’instant, les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes mais Taşdelen rassure en annonçant que la technologie va s’améliorer. Et cela, il ne l’a pas lu dans sa tasse de café.


Lire l’article original.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

La France et ses jeunes: je t’aime… moi non plus

CultureArticle

La France et ses jeunes: je t’aime… moi non plus

Le désir d’expatriation des jeunes Français atteint un niveau record, révélant un malaise profond. Entre désenchantement politique, difficultés économiques et quête de sens, cette génération se détourne d’un modèle national qui ne la représente plus. Chronique d’un désamour générationnel qui sent le camembert rassis et la révolution en stories.

Sarah Martin

Stands de spritz et pasta instagrammable: l’Italie menacée de «foodification»

CultureArticle

Stands de spritz et pasta instagrammable: l’Italie menacée de «foodification»

L’explosion du tourisme gourmand dans la Péninsule finira-t-elle par la transformer en un vaste «pastaland», dispensateur d’une «cucina» de pacotille? La question fait la une du «New York Times». Le débat le plus vif porte sur l’envahissement des trottoirs et des places par les terrasses de bistrots. Mais il n’y a pas que du négatif à la crise: des idées neuves circulent en matière d’occupation de l’espace public. Elles pourraient même, qui sait, inspirer la Suisse?

Anna Lietti

Un selfie dans l’ascenseur

CultureArticle

Un selfie dans l’ascenseur

Notre obsession du selfie n’est pas purement narcissique, il s’agit aussi de documenter notre présent par le biais d’un langage devenu universel. Quant aux ascenseurs, ce sont des confessionnaux où, seuls, nous faisons face à nous-mêmes.

David Laufer

Au hit-parade des universités, la Chine bondit, la Suisse résiste

Sciences et technologiesArticle

Au hit-parade des universités, la Chine bondit, la Suisse résiste

Selon les trois grands classements mondiaux des universités, l’enseignement supérieur suisse tire encore son épingle du jeu. Ses deux écoles polytechniques figurent parmi les meilleures mondiales. En revanche, les universités généralistes affichent des résultats plus contrastés. Des écarts qui en disent long sur les choix auxquels l’enseignement supérieur helvétique est désormais confronté.

Guy Mettan