Réservé aux abonnés

La guerre qui n’en finit pas

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 7 janvier 2021 · 4 min de lecture

La guerre qui n’en finit pas
La France mène depuis huit ans l’opération Barkhane au Sahel (ici au Mali), avec cinq mille hommes dispersés sur une immensité territoriale pratiquement incontrôlable. Elle a perdu plus de cinquante hommes. - © Creative Commons

S’il y a un abcès belliqueux, pas si loin de l’Europe, dont on préfère détourner le regard, c’est bien celui qui ronge depuis une dizaine années tout le sud du Sahara. En 2020, l’impasse est apparue plus crûment que jamais, malgré les appels au sursaut de la France à la conférence de Pau, dite du G5 Sahel. Les groupes rebelles restent actifs et déstabilisent les fragiles Etats. La meurtrissure s’ajoute à la détresse économique, encore accrue par la crise sanitaire mondiale.

Sommaire

Le Mali est le plus touché, mais aussi la Mauritanie, le Niger, le Burkina et le Tchad. Que s’est-il passé? Tout s’est emballé avec l’intervention franco-britannique en Libye contre Khadafi: des quantités d’armes ont filé vers le sud, vers plusieurs groupes rebelles. Les uns animés par de vieux conflits (entre populations arabes et noires, sédentaires et nomades, réunies dans des frontières artificielles), les autres aspirés par les mouvances islamistes, proches de Al Qaida et de l’Etat islamique replié pour une part en Afrique après avoir été chassés de Syrie. Tous jouant la carte du refus du «néo-colonialisme» occidental.

La France est venue en appui militaire aux Etats visés. Les alliés? Les Etats-Unis fournissent des informations à partir de leurs satellites. Des Européens se joignent à l’opération en prenant soin de ne pas trop exposer leurs soldats. Un peu de logistique allemande. Les Britanniques, les Estoniens, les Danois, les Suédois, les Tchèques sont aussi présents avec quelques commandos et des hélicoptères. Quant à la «Force conjointe du G5 Sahel» des Nations unies, elle est sensée, avec ses 13 000 hommes, venir en appoint pour stabiliser les régions pacifiées.

Des populations abandonnées

Car c’est bien là le nœud du drame. Il ne suffit pas de pourchasser les groupes rebelles, de «neutraliser» quelques-uns de leurs leaders. Lorsque les armées locales, françaises et internationales parviennent à libérer des territoires des assauts islamistes, la situation des populations ne s’améliore guère. Loin des capitales, elles restent abandonnées par les Etats, sans guère d’écoles et d’hôpitaux, sans véritable structure administrative. La plupart des gouvernements concernés sont coupés de ces réalités, souvent corrompus, soucieux d’abord de se perpétuer au pouvoir.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

«Le crépuscule de l’illusion russe en Afrique est arrivé»

GéopolitiqueArticleLibre

«Le crépuscule de l’illusion russe en Afrique est arrivé»

Après avoir dénoncé les dérives des mercenaires russes au Sahel, le journaliste nigérian Oumarou Sanou revient sur l’échec stratégique de Moscou au Mali. A la lumière des récentes attaques djihadistes, il décrypte les illusions entretenues autour de la présence russe en Afrique. Et appelle à un panafricanisme affranchi des puissances étrangères, loin des faux choix géopolitiques. Interview.

Catherine Morand

La guerre en Iran vue d’Afrique

GéopolitiqueArticle

La guerre en Iran vue d’Afrique

Même si les responsables politiques font preuve d’une certaine retenue, par crainte de mesures de rétorsion, aux yeux d’une bonne partie de l’opinion publique africaine, la guerre menée par les Etats-Unis et Israël en Iran est illégale et relève de l’hégémonie occidentale sur le reste du monde.

Catherine Morand

Fin de l’aide au développement: vers une nouvelle solidarité mondiale?

GéopolitiqueLu ailleursLibre

Fin de l’aide au développement: vers une nouvelle solidarité mondiale?

La réduction massive de l’aide au développement dans le monde marque un tournant historique. Si elle provoque une crise humanitaire majeure, elle révèle aussi l’hypocrisie d’un modèle fondé sur la dépendance. Car derrière les coupes budgétaires, c’est tout un système de domination économique et politique qui vacille. En Afrique comme dans d’autres pays du Sud, cette rupture est perçue comme une opportunité. Celle d’inventer une réelle coopération, fondée sur l’égalité, la souveraineté et les intérêts communs plutôt que la charité.

Markus Mugglin