Rencontre avec le naturaliste-photographe Yann Laubscher, surtout avec ses images des confins sauvages de la Russie, exposées à Nyon. Bienvenue, si l’on ose dire, en Sibérie, dans le Kamtchatka ou l’Oural. Et gare aux moustiques.
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Ce sont des lieux à la Jack London, ou plutôt la Tarkovski, des zones incertaines dans le grand Nord. De photo en photo, on en vient à reconnaître des stigmates de l’ère soviétique, des vieux camions ici, des constructions là-bas qui évoquent un goulag désaffecté. Les visages sont durs, marqués par les privations. Les regards sont francs : ces gens-là sont en accord avec leur environnement, d’accord avec leur errance.
Ce sont également des images qui s’imprégnent en profondeur dans la mémoire. En raison de leur intensité, mais aussi de leur incertitude troublante. Que font ces explorateurs dans ce nulle part, cette sauvagerie qui ne semble avoir aucune limite? Pourquoi sont-ils là, dans cette forêt, cette toundra, cette taïga, cette steppe, cette rivière, cette péninsule volcanique, cette topographie brumeuse-boueuse? On en le saura pas, ou pas tout à fait. C’est tout aussi bien.
Tangente russe
Yann Laubscher reste vague sur les photographies qu’il expose à la galerie Focale, à Nyon. En le pressant un peu, le jeune Lausannois consent à donner quelques informations. Après un master en sciences naturelles, il a pris la tangente en Russie, dans ses confins ultimes. C’était en 2010. Il s’est joint à ces jeunes gens qui, depuis Saint-Pétersbourg, perpétuent une tradition soviétique. Dans les années 1960, des familles ou groupes d’amis échappaient l’été au régime de plomb en partant dans la nature, le silence, la solitude.






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