Encore un brunch?!

Anna Décosterd

Par Anna Décosterd · Publié le 20 janvier 2020 · 3 min de lecture

Encore un brunch?!
Tartines variées - © Anna Décosterd

Un billet d’humeur pour sourire de nos délires à l’ère de l’obsession alimentaire. Anna Décosterd est auteure du blog culinaire My Sweet Mouette et photographe culinaire autodidacte.

Nouvelle année, nouveaux marronniers… Sur Facebook, après la déferlante détox, revoilà «les meilleurs brunchs de l’année». Pfff… Je vous l’avoue, les brunchs, j’en ai ras la casquette. Non pas que je sois particulièrement attachée aux dîners de famille chez belle-maman, ni même au poulet rôti-frites d’après la messe qui a rythmé mon enfance. Je ne suis aucunement allergique au dimanche. C’est juste qu’avaler cette combinaison des «breakfast» et «lunch» anglo-saxons, c’est comment vous dire… trop me demander.

Lorsque le concept est apparu, j’ai adoré l’idée: un truc simple et sympa, à partager entre copains. Quelques croissants, du bon pain, des rondelles de saucisson, une salade composée. On proposait un café, voire un verre de vin. Je garde un souvenir ému des premiers brunchs du premier août, organisés dans les villages vaudois en l’honneur de la Fête Nationale, devenue (enfin) un jour férié. Je m’en rappelle très bien, ma fille avait 3 ans lors du premier et a pris la chose très au sérieux. Nous sommes partis «à la campagne», voir les vaches, la couverture qui pique les fesses sous le bras. On s’est installés dans l’herbe, on a fait le tour des stands. Sur place, toutes le monde avait répondu présent, on a goûté les pâtés, le boutefas et le jus de pomme maison. La file était trop longue, on n’a pas beaucoup mangé, mais on a bien rigolé. Oui mais voilà, c’était le début du siècle…et les débuts du brunch.

Aujourd’hui, le brunch ce n’est plus de l’impro. C’est un truc très sérieux. On étudie les propositions, on compare la créativité des chefs, on scrute la provenance des croissants. Il lui faut une belle vue, un beau salon, une ambiance cosy ou branchée, c’est selon. On recense les gloires montantes et les étoiles pâlissantes, on se refile les bonnes adresses sous le manteau. Partout, les buffets se succèdent: sucré, salé, chaud, froid… Personne pour rechigner devant le prix; alors que franchement, la plupart du temps, il faut y lâcher un gros sac de ducats. Devant tant de ferveur, je m’interroge. Qu’est donc devenu le brunch? Un symbole du «toujours plus»? Une nouvelle tradition, pour remplacer le rôti de grand-maman? Une obligation mondaine à laquelle se soustraire équivaudrait à programmer sa mort sociale? Et surtout, surtout chers amis, cette question: comment arriver à manger d’un coup autant de plats différents?

Je n’aime donc plus le brunch… Ce «trop plein de tout» épuise mon esprit au moins autant que mes papilles. Je lui préfère le petit-déjeuner, qui ouvre la journée à de joyeuses perspectives, n’alourdit pas mon estomac et n’embrume pas mon cerveau. Certes, il exige une discipline minimale: se lever suffisamment tôt. Mais quel bonheur! Avec l’odeur d’un bon café dans le nez, un croissant tout frais à portée de main et le soleil pour seul guide, je me sens prête à tout affronter. Même le déjeuner.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Ces vignes qui disparaissent

CultureArticle

Ces vignes qui disparaissent

Info-bagatelle? Peut-être, mais elle fait gamberger quiconque aime les saveurs du vin. La société issue de la coopérative viticole de Lutry, fondée en 1906, Terres de Lavaux, ferme ses portes. De nombreux vignerons de la région arrachent leurs vignes, ne trouvant pas de repreneurs. Et, comme partout, leurs bouteilles se vendent mal. Le paysage géographique et gustatif est en train de changer.

Jacques Pilet

Simon-Pierre a de fortes envies de sucre

CultureArticle

Simon-Pierre a de fortes envies de sucre

Les tragi-comiques péripéties de la famille Schinken Pochon ///// Pour lui, la vie n’est pas tous les jours facile. Il a l’impression que la gauche et les wokes font tout pour la lui gâcher, notamment en s’attaquant à une politicienne qu’il admire et au sucre. Heureusement que Rambo, avec tous ses muscles, habite parfois certains de ses rêves éroticos-romantiques. Et lui, va-t-il accepter d’aller faire de la musculation avec son père en phase de revirilisation?

Patrick Morier-Genoud

Prune est convaincue que ce n’est pas la taille du poireau qui fait sa saveur

CultureArticleLibre

Prune est convaincue que ce n’est pas la taille du poireau qui fait sa saveur

Les tragi-comiques péripéties de la famille Schinken Pochon ///// Son frère ayant dénigré le membre reproducteur de son nouvel amoureux, Prune s’interroge sur l’importance de la dimension des pénis. Ce d’autant que la virilité n’est pas sa tasse de rooibos et qu’elle apprécie peu les militaires comme Mike Horn ou le major Davel. Entre son père qui crie au complot de l’UDC contre Alain Berset et son oncle qui se sent victime de racisme antiblanc, elle trouve la génération de ses parents un peu parano.

Patrick Morier-Genoud

De Saint-Ursanne à Boncourt dans l’Ajoie heureuse

CultureArticleLibre

De Saint-Ursanne à Boncourt dans l’Ajoie heureuse

Nous reprenons ici le récit du tour de la Suisse à pied commencé l’été dernier. Aujourd’hui, la dernière étape: Develier - Le Sommet - Les Ordons - Col des Rangiers - La Caquerelle - Outremont - Saint-Ursanne - Séleute - Les Chainions - Porrentruy - Le Grand Fahy - Mormont - Courtemaiche - Buix - Boncourt.

Guy Mettan