Réservé aux abonnés

Comment les Khmers rouges ont aveuglé la gauche d’alors

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 25 avril 2025 · 2 min de lecture

Comment les Khmers rouges ont aveuglé la gauche d’alors
17 avril 1975, les Khmers rouges entrent dans Phnom Penh. - © DR - Capture d'écran

Les cinquante ans de la prise de Phnom Penh rappelle jusqu’où à pu mener la ferveur idéologique de ceux qui, en Europe, applaudirent le régime génocidaire des Khmers rouges. L’occasion de se demander dans quelle situation actuelle peuvent se manifester de telles perturbations du regard sur le réel.

Puisque nous brassons le passé, autre souvenir. Il y a cinquante ans, le 17 avril 1975, les Khmers rouges entraient dans Phnom Penh. Renversaient le régime de Lon Nol, soutenu par les Américains, écartant de tout pouvoir le roi Norodom Sihanouk. Ils resteront quatre ans au pouvoir, chassés en 1979 par les Vietnamiens. Bilan de leur génocide: entre 1,3 et 2,3 millions de morts, entre 17 et 30 % de la population. Ils poursuivirent néanmoins leur action sous forme de guérilla, notamment à partir de la Thaïlande voisine. Jusqu’en 1998, à la mort de leur leader Pol Pot, finalement éliminé dans ses propres rangs. Quelques-uns des responsables de ces crimes ont été jugés. Notamment Khieu Samphân, le «chef d’Etat» rouge, condamné à la perpétuité et encore en vie. A Phnom Penh, où a été créé un «Musée du génocide» à côté de la prison.

Or ce régime dit révolutionnaire a été applaudi par toute l’intelligentsia de gauche en Europe. Du Monde à Libération en passant par le Nouvel Obs. Il fallut deux ans pour que ces admirateurs des tueurs commencent à réviser leur jugement. Bien plus pour le philosophe marxiste Alain Badiou, pris de doutes en 1979, mais qui n’a exprimé ses «regrets» qu’en 2012! Ce qui ne l’empêche pas de gloser aujourd’hui encore, fort savamment, sur les plateaux de télé et TikTok, à propos de ce qu’il appelle «l’illusion démocratique» ou «la tyrannie du capitalisme».

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Le manuscrit de la fille de Staline au cœur d’une opération secrète dans la presse helvétique

HistoireEnquête

Le manuscrit de la fille de Staline au cœur d’une opération secrète dans la presse helvétique

Le 15 août 1967, une antenne du renseignement suisse reçoit une information inhabituelle. Une source codée provenant de Grande-Bretagne l’avertit qu’une opération d’influence est en cours de préparation dans un magazine helvétique. A la manœuvre, on retrouve László Taubinger, l’agent de l’Information Research Department (IRD) décrit dans l’épisode précédent.

Jean-Christophe Emmenegger

Quand l’armée suisse était un laboratoire de la guerre cognitive occidentale

HistoireEnquête

Quand l’armée suisse était un laboratoire de la guerre cognitive occidentale

Dans la mémoire collective suisse, l’armée incarne la défense ultime de la neutralité. Une armée de milice, ancrée dans le territoire, méfiante à l’égard des grandes puissances, gardienne sourcilleuse de l’indépendance nationale. Pourtant, dès les années 1950, cette institution se retrouve au cœur d’un flux intense d’informations stratégiques venues de l’étranger. Une part significative de ces analyses porte, évidemment, sur un sujet: la menace soviétique. Ce discours ne vient pas directement de Londres ou de Washington. Il transite par des canaux plus discrets, dans un espace rarement interrogé par l’historiographie: les revues militaires helvétiques.

Jean-Christophe Emmenegger

Comment les industriels ont fabriqué le mythe du marché libre

HistoireLu ailleursLibre

Comment les industriels ont fabriqué le mythe du marché libre

Des fables radiophoniques – dont l’une inspirée d’un conte suisse pour enfants! – aux chaires universitaires, des films hollywoodiens aux manuels scolaires, le patronat américain a dépensé des millions pour transformer une doctrine contestée en dogme. Deux historiens dévoilent cette stratégie de communication sans précédent, dont le contenu, trompeur, continue d’influencer notre imaginaire collectif.

Histoires de foi

Article

Histoires de foi

Il est assez rare que regarder le cul de la voiture devant soi au feu rouge suscite la méditation philosophique. Et pourtant, cet autocollant aperçu l’autre jour m’a laissé songeur: «Jésus est mon airbag». La croyance chrétienne protège-t-elle vraiment du tumulte des guerres dans nos têtes?

Jacques Pilet