ATS information (et cohésion nationale) en danger

Gian Pozzy

Par Gian Pozzy · Publié le 23 janvier 2018 · 3 min de lecture

ATS  information (et cohésion nationale) en danger

Sous le titre sobre «Exit SDA», le Tages-Anzeiger a consacré samedi un émouvant article pleine page au travail des journalistes de l’Agence télégraphique suisse (ATS), menacés par une lourde restructuration (voir «Bon pour la tête» du 8 janvier 2018, sous le titre «Les infos ne tombent pas du ciel»). En voici quelques extraits.

«Ils ont des initiales, un casque et la tâche la plus difficile du journalisme suisse. Car qui donc aime écouter les conseillers nationaux bafouiller leurs discours pétris de citations pathétiques et de jeux de mots farfelus? En tout cas pas leurs collègues installés dans les tribunes des journalistes. Eux, ils téléphonent, lisent, tweetent, font les importants. Après tout, il y a là leurs collègues, casque aux oreilles, qui écoutent non-stop la bande sonore des allocutions. Ils seront suffisamment attentifs…

Les sessions à Berne durent trois semaines et les seuls qui écoutent chaque mot, mais vraiment chaque mot important durant ces trois semaines, sont les journalistes de l’ATS. Chaque affaire donne lieu à sa dépêche, chaque intervention est notée, toute la frénésie bureaucratique et assommante du processus politique est consignée.

«Nous livrons le tapis sur lequel les médias peuvent poser leurs meubles»

Dans le paysage journalistique, les collaborateurs de l’ATS sont des oiseaux exotiques. Leurs noms n’apparaissent nulle part: ils signent des initiales collectives de l’ATS. On ne voit pas leur photo dans les journaux ni leur visage à la télévision. Ils n’écrivent pas d’édito ciselé ou de commentaire polémique: ils livrent les informations. Culture, sport, économie, politique, accidents et faits divers. Tout ce qui est pertinent pour le pays est retenu par l’ATS. Avec près de 200’000 dépêches par année, les 180 rédacteurs de l’agence livrent aux petites et grandes maisons d’édition, la SSR, la NZZ, Tamedia auquel appartient ce quotidien, les informations journalistiques de base. « Nous livrons le tapis sur lequel les médias peuvent poser leurs meubles », avait un jour imagé l’ancien rédacteur en chef Bernard Maissen, licencié l’automne dernier.

Les dépêches de l’ATS sont équilibrées, sobres, impartiales. Il aura fallu un événement particulier pour que le personnel de l’ATS formule cette semaine une lettre ouverte au Conseil fédéral, qui ne cadrait guère avec le travail si sobre de ces journalistes. »Le citron est pressé », pouvait-on y lire. Et «la seule agence généraliste de Suisse est sacrifiée à la quête du rendement». C’est sans doute le texte le plus passionné et désespéré à la fois que l’ATS aura jamais diffusé.»

40 emplois supprimés sur 150

Cette lettre a été rédigée après une rencontre mémorable entre la rédaction et son directeur Markus Schwab. Thème de la rencontre: économiser et vite! Quarante des 150 emplois équivalents plein temps liquidés dans les deux semaines. Tous les plus de 60 ans expédiés aux ORP, les salaires revus à moyen terme (vers le bas). Et ceux qui ne sont pas contents peuvent s’en aller tout de suite.

C’est à ce jour le plus puissant démantèlement qu’on ait vu au sein de l’ATS, une agence fondée il y a plus de 120 ans, en 1895, avec 8 collaborateurs. Fondée par des éditeurs, elle était censée servir les intérêts de l’ensemble de la presse suisse. Les éditeurs siègent d’ailleurs dans son conseil d’administration, un rôle plutôt schizophrénique puisqu’ils sont à la fois les patrons et les clients de l’agence. Comme administrateurs, ils doivent lui assurer santé et prospérité, comme clients ils doivent en obtenir des tarifs réduits et des faveurs de tout acabit en ce temps de recettes misérables.

Les auteurs de l’article – en fait deux articles – Markus Häfliger et Philipp Loser ne manquent pas de culot, vu que leur éditeur, Tamedia, figure parmi les trois plus gros actionnaires de l’ATS. A lire absolument! (Auf Deutsch, natürlich…)


L’article en allemand du Tages-Anzeiger: «Exit SDA»


Précédemment dans Bon pour la tête

Les infos ne tombent pas du ciel

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