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Le magistrat qui fracasse la réalité à l’aide du virus

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 16 mars 2021 · 3 min de lecture

Le magistrat qui fracasse la réalité à l’aide du virus
Le délire de Feuz n’a rien d’une prévision, il est né probablement dans une nuit agitée ou dans le calme d’un jour glacé et glaçant. - Graffiti à Genève. © Opsylac

Sur sa page Facebook, Nicolas Feuz se présente sous la double étiquette: Procureur de la République et auteur de polars. Lui qui fait métier de traquer les truands et en invente d’autres dans ses loisirs fait là un saut: il se lance dans une science-fiction apocalyptique. Avec une intrigue brinquebalante, mais surtout avec une vision cauchemardesque d’un pays ravagé, comme par hasard, par un virus, par une puissance folle surgie du chaos.

Nous n’avons pas tous son imagination. Mais nous nous demandons tous quel sera «le calendrier de l’après», c’est le titre du livre. Masques ou pas, bises ou pas… L’inquiétude dépasse le prosaïque. Quelles traces laissera ce temps où nos libertés sont suspendues au nom du Bien?

Le délire de Feuz n’a rien d’une prévision, il est né probablement dans une nuit agitée ou dans le calme d’un jour glacé et glaçant. Dix-huit ans après l’arrivée du terrible virus Verna qui s’en prend de préférence aux hommes, tout s’est effondré. Les pouvoirs, les médias, les transports, l’armée, la police, les tâches quotidiennes, plus rien ne marche. On en est réduit à bouffer des boîtes de «singe» rescapées des entrepôts militaires. Incendies, effondrements, des morts partout… Les plus noirs des collapsologues n’auraient pas imaginé un tel désastre.

Mais un ordre nouveau s’installe. La Gouvernance, un mystérieux pôle de pouvoir dirigé depuis le château de Neuchâtel par une femme et son fils aîné. C’est elle qui tire les ficelles d’un contrôle social total. Chacun doit rester à sa place. Avec deux pans bien délimités, d’un côté les immunisés, de l’autre les contagieux, d’un côté les «bien pensants», de l’autre les «inutiles». Elle envoie son cadet à Genève, dans un palais improvisé au sommet d’une tour autrefois célèbre, quai Ernest-Ansermet. Il est un des «élus» chargés de la survie de l’humanité. Bien nourri mais solitaire. Son sperme est récolté pour les fécondations in vitro. Car les relations sexuelles sont prohibées, onzième commandement de la prescription au ton biblique qui décrète la suprématie des femmes et qui ordonne de les protéger. Les hommes? A part les «élus», ils se retrouvent pour la plupart dans la cohorte des «inutiles», entassés dans les ruines, sous les ponts cassés. Et surveillés par des drones armés de lasers. Les vagabonds sont arrêtés par des miliciennes, jugés et condamnés à mort le cas échéant.

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