Eloge du scepticisme


Le scepticisme est dans une mauvaise passe. Se caractérisant par une recherche de la vérité prenant en compte l’impossibilité d’atteindre des certitudes, cette attitude intellectuelle est attaquée par deux fronts. D’un côté, les relativistes, pour qui toutes les opinions se valent. De l’autre, les dogmatiques, nous condamnant à avaler du vrai comme de l’eau bénite. Des actualités comme le climat ou le covid-19 illustrent ce double danger que court le scepticisme. Un concept galvaudé dont il est urgent de rappeler la pertinence.
Sommaire
Plusieurs actualités rendent urgente une défense du scepticisme. Cette attitude – largement admise dans la philosophie anglo-saxonne, déjà présente chez les Grecs, partagée aussi par Montaigne et notre contemporain André Comte-Sponville – consiste à croire en l’existence de la vérité, mais à considérer comme impossible la connaissance certaine. De là, il convient de toujours remettre en question les acquis, creuser, questionner – bref, débattre, car rien n’est établi pour toujours. C’est aussi en gros la méthode de la science. On progresse dans le savoir parce qu’on cherche continuellement les failles des théories admises pour le moment.
Il s’agit pour les esprits sceptiques – et donc critiques – de se battre contre deux fronts: le relativisme, d’un côté, qui affirme que tout se vaut, que rien n’est faux; et le dogmatisme, de l’autre, qui nous sert des certitudes toutes prêtes. Plus que jamais ces deux tentations aussi absurdes que dangereuses sont présentes aussi bien dans le milieu intellectuel qu’au sein de la population. Que les journalistes et les intellectuels aient abandonné le débat en premier chef, voilà qui est cocasse. Car il leur incombe encore plus qu’aux autres de remettre en question les idées convenues, dénoncer les lieux communs, pointer les paradoxes, aborder des facettes inexplorées de la réalité. Bref, informer et commenter, faire connaître et faire réfléchir.
Climat et covid-19: un manque de débat
Plusieurs thèmes d’actualité échappent à cette saine manière de penser, de parler et d’écrire. Premier exemple-type, cette chronique de Valérie de Graffenried, correspondante aux Etats-Unis, dans Le Temps du 16 septembre 2020. La journaliste y dépeint Donald Trump comme un «négationniste du climat» et lui reproche ensuite d’être un «climato-sceptique». Les mots en perdent leur sens! Utilisé à tort et à travers par les médias, et désormais par tout le monde, le mot «climato-sceptique» a fini par désigner non seulement tout individu non convaincu par une partie de ce qui est dit par la majorité des scientifiques sur le dérèglement climatique, mais aussi tout individu critique sur l’action politique préconisée par les écologistes.



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