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«Vos héros sont nos bourreaux!», l’antiracisme renverse les hiérarchies

Antoine Menusier

Par Antoine Menusier · Publié le 12 juin 2020 · 9 min de lecture

«Vos héros sont nos bourreaux!», l’antiracisme renverse les hiérarchies
La statue de David de Pury, à Neuchâtel. Officiellement considéré comme un bienfaiteur, certains reprochent aujourd'hui au négociant neuchâtelois (1675-1736) d'avoir été un esclavagiste. - © DR

Après la mort tragique de George Floyd aux Etats-Unis, le mouvement décolonial, idéologiquement solide dans la lutte contre le racisme, entend accélérer la marche vers une société nouvelle. L’«Occident» est sa cible principale, qui, bien qu’antiraciste, entretiendrait des rapports de domination perpétuant son avantage. La preuve? Ses statues d’«esclavagistes» encore debout.

Sommaire

Une statue de Churchill taguée à Londres; une pétition réclamant le déboulonnage d’une autre statue, celle du baron David de Pury à Neuchâtel; la plateforme américaine HBO retirant «Autant en emporte le vent» de son catalogue de films dans l’attente d’une contextualisation de l’œuvre; la notion de «privilège blanc» qui refait surface. La mort de George Floyd, ce citoyen noir de 46 ans tué par un policier blanc lors de son interpellation le 25 mai à Minneapolis, aux Etats-Unis, a ébranlé le monde occidental.

Depuis le drame, l’Occident, l’Europe surtout, qui ne porte pas en elle la passion raciale au sens christique du terme, est sommé de se mettre à l’heure de son réel multiculturel et multiethnique. «C’est nous, le nouveau monde», proclamait le 4 juin un éditorial du Bondy Blog, ce média en ligne dédié à la diversité française, créé en 2005 par feu le magazine romand L’Hebdo dans le sillage des émeutes de banlieues. Le grand changement, c’est maintenant.

Les tragédies sont parfois l’occasion de progrès. Le «meurtre» (charge retenue par la justice) de George Floyd peut entrer dans cette catégorie. La catharsis semble en cours dans une partie de la société américaine. Les genoux posés à terre par des Blancs, notamment des policiers, ne sont pas tant, outre-Atlantique, un geste de soumission qu’une manière de communier propre aux Américains. Ce peuple imprégné de religion se régénère ainsi, de fautes commises en demandes de pardon, ce qui ne règle pas pour autant la question raciale.

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