Macron, bon élève mais faible en histoire


Il y avait quelque chose d’émouvant dans cette rencontre du président français, retransmise sur BFM, avec une centaine de jeunes en Saône-et-Loire. Non pas que Macron en bras de chemise ait surpris. Comme en campagne électorale, bon acteur, quatre heures durant, il a beaucoup parlé, souri, et écouté aussi. Or, ces adolescents, pas tous des forts en thème, avaient beaucoup à dire. La plupart s’exprimaient admirablement. Exprimant la détresse de l’autisme, de la dyslexie, du largage scolaire. Ou posant de pertinentes questions politiques. L’un d’eux a demandé pourquoi la France ne s’inspire pas de la démocratie directe à la manière suisse. La réponse a été faible.
La suggestion ne plaît pas, mais pas du tout, au roi républicain. En substance: c’est impossible déjà pour une question de taille du pays. Et puis, la Suisse a un système très particulier avec un président qui change chaque année (haha, quelle horreur!). Enfin, nous avons des peuples qui ne se ressemblent pas, nous avons des histoires différentes. Un peu court, jeune homme!
Il serait certes insensé de copier nos institutions dans la grande république voisine. Mais si Macron réfléchit vraiment aux moyens de donner la parole aux citoyens en plus des élections parlementaires, il ferait bien d’étudier l’histoire. Car c’est en France, dès la fin du 18e siècle, que cette recherche a été poussée le plus loin. En particulier grâce à Nicolas de Condorcet, mathématicien et homme politique issu des Lumières (1743-1794). Fort préoccupé de la relation du peuple avec le pouvoir dans la démocratie naissante d’alors. En 1793, il présentait un projet de constitution (dite girondine) prévoyant tout un mécanisme de contrôle du parlement et du gouvernement à partir des communes, des départements et du pays tout entier.
Le lire est piquant à la lumière des débats d’aujourd’hui, aussi bien en France qu’en Suisse. Il intitula tout un chapitre (33 articles!): « De la censure du peuple sur les actes de la représentation nationale, et du droit de pétition». S’expliquant ainsi: «J’ai soutenu le droit du peuple de ratifier expressément au moins les lois constitutionnelles et la possibilité qu’il l’exerçât, la nécessité du mode de révision régulier et paisible de réformer ces mêmes lois; enfin l’unité entière du corps législatif.» Condorcet tenait à la possibilité de contrôler les autorités. «Lorsqu’un citoyen croira utile ou nécessaire d’exciter la surveillance des représentants du peuple…»




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