Berlusconi vu par Sorrentino: un pétard mouillé?


Absent des grands festivals européens, «Silvio et les autres (Loro)» nous arrive sous la forme d'un film remonté pour la marché international. Reste un portrait très «fellinien», où le dégoût que lui inspire le personnage n'empêche pas une certaine complaisance du cinéaste.
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La bande-annonce, à base de jeunes filles plus ou moins dévêtues qui se dandinent face à un Toni Servillo grimé et grimaçant dans une esthétique de papier glacé, n’est pas des plus engageantes. Et si Loro, le nouveau «grand oeuvre» de Paolo Sorrentino, n’était qu’un terrible navet? Sorti ce printemps en Italie en deux parties (comme le Kill Bill de Quentin Tarantino ou le Mesrine de Jean-François Richet) et sans doute refusé par le Festival de Cannes, qui a pourtant fait la réputation du cinéaste napolitain, la chose nous arrive aujourd’hui sous la forme d’un film unique de 2h30, c’est-à-dire réduite d’une heure. Bref, cela sent la déroute, à la grande joie de la critique parisienne qui n’a jamais vu en l’auteur de La grande bellezza qu’une baudruche. Pour l’avoir au moins apprécié à ses débuts, de L’uomo in piu (2001) à Il divo (formidable retour sur la carrière de « l’inoxydable» Giulio Andreotti), on se doit d’être plus nuancé: certes, Loro est un ratage, mais de ceux qui méritent qu’on s’y attarde.
Qu’on le veuille ou non, Silvio Berlusconi aura en effet été le fait majeur du tournant du millénaire en Italie. Incarnation de trente ans de mutation économique, politique et culturelle, il a préfiguré un nouveau populisme dont Donald Trump est l’aboutissement. Après une série de films «de résistance» réalisés à chaud (du Caïman de Nanni Moretti à Silvio Forever de Roberto Faenza), le personnage valait donc bien un film «monstre» qui tente de cerner ce mal dont il est devenu le nom. Seul cinéaste transalpin qui conjugue l’ego et les moyens pour s’y attaquer, Paolo Sorrentino s’y est donc collé, un peu à la manière d’Oliver Stone s’attaquant à George W. Bush après Richard Nixon.
Trop tôt, trop tard
La «coriacité» et l’interminable survie politique de son sujet aura clairement pesé sur le projet, forçant les auteurs à bien des contorsions. C’est ainsi qu’aucun nom hormis le sien et celui de sa compagne Veronica Lario n’a été conservé. La politique se retrouve réduite à la portion congrue pour faire place à un portrait de l’homme, saisi à l’orée de son déclin, en 2006, momentanément renvoyé dans l’opposition et aux prises avec une épouse indocile. L’allusion et l’ellipse sont la règle pour ce qui relève de la chronique, ne facilitant pas la compréhension de ceux qui n’auraient pas suivi les événements. Quant à la forme, elle privilégie la caricature et l’allégorie.



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