Le dernier festival de Locarno a permis de réévaluer l'un des auteurs les plus méconnus de l'âge d'or hollywoodien. Jusqu'à la fin du mois, la Cinémathèque suisse prend le relais avec un choix d'une dizaine de chefs-d'oeuvre à ne pas manquer.
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Comment passe-t-on de Laurel et Hardy au mélo des mélos Elle et lui, de l’anarchie marxienne de La Soupe au canard à l’ordre clérical de La Route semée d’étoiles, du vibrant éloge de la démocratie L’Extravagant Mr Ruggles au pamphlet maccarthyste My Son John? Il y avait un mystère Leo McCarey, resté dans les histoires du cinéma comme un des grands noms de l’âge d’or hollywoodien (sept fois nommé à l’Oscar, l’emportant par deux fois) et pourtant si mal connu, lui dont la carrière s’éteignit avant que la critique cinéphile ne puisse le placer dans son panthéon. Cet été à Locarno, la plus belle rétrospective jamais réunie de ce cinéaste (une quasi-intégrale, à quelques courts-métrages et deux longs-métrages perdus près) a permis de lever en partie le voile. Certes, tout n’est pas génial chez McCarey. Mais le meilleur tutoie les plus grands, l’ensemble confirmant un auteur très original, passionnant à suivre jusque dans ses contradictions.
Avocat et compositeur de chansons raté avant de trouver sa voie, Leo McCarey (1896-1969) était encore de ces pionniers qui apprirent leur métier sur le tas. Né à Los Angeles, le fils aîné d’un promoteur de boxe irlandais et d’une mère française, marié à 18 ans et catholique pratiquant pour la vie, c’était, d’après les photos, un bel homme d’apparence réfléchie, et à en croire les témoignages, d’une extrême gentillesse. D’où la surprise de le voir débuter comme assistant de Tod Browning, chantre de la noirceur, puis comme homme à tout faire de Charley Chase, comique cultivant une image de filou.
De Laurel et Hardy à sa propre voix
Son premier haut fait serait l’invention aux studios Hal Roach du couple Stan Laurel – Oliver Hardy, qu’il dirigea en tous cas dans leurs meilleurs courts-métrages muets, d’une efficacité comique restées intacte. Un premier signe de génie quoiqu’il s’agisse encore là d’un travail d’équipe, dont nul n’a jamais réussi à déterminer les apports respectifs. Après des dizaines de ces burlesques réalisés en six ans (1924-1929), où il développe un goût pour l’improvisation qu’il conservera toute sa carrière, McCarey traverse une période d’adaptation au parlant. Jusqu’en 1936, ses premiers longs-métrages sont pour l’essentiel des comédies qui le trouvent au service des grandes vedettes de l’époque: Gloria Swanson, Jeanette MacDonald, Eddie Cantor, Mae West ou encore Harold Lloyd. De cet ensemble décevant, qui le voit déjà recycler certaines idées de ses burlesques, ne tient le coup aujourd’hui que Belle of the Nineties, film en costumes brillamment réalisé, avec une Mae West qui vaut son pesant de féminisme. Et bien sûr la délirante satire politique La Soupe au canard (Duck Soup), d’avis général le meilleur film des Marx Brothers, dont McCarey ne gardait paradoxalement pas un bon souvenir.





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