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L’Italie dans la zone euro, un boulet ou un aiguillon?

Chantal Tauxe

Par Chantal Tauxe · Publié le 5 juin 2018 · 8 min de lecture

L’Italie dans la zone euro, un boulet ou un aiguillon?
Comment redonner du pouvoir d’achat aux Italiens? Le pacte de gouvernement prévoit d’assouplir la fiscalité, de créer un revenu de citoyenneté de 780 euros. - © DR

A un an des élections européennes s'ouvre une fenêtre d'opportunité pour redonner du pouvoir d'achat aux Italiens... mais aussi aux autres Européens. Avec un peu de chance et de volonté, l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement «legastellato» pourrait ne pas être la catastrophe annoncée et redoutée par les experts financiers.

La couverture du Spiegel est graphiquement très réussie. Un spaghetto pendouille d’une fourchette et termine avec un nœud de pendu. Elle illustre la crainte allemande de voir le nouveau gouvernement italien «legastellato» – contraction de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles – forger, par des politiques non conventionnelles, la corde pour se pendre et entraîner dans son agonie toute la zone euro.


Too big to fail

Cette grande peur des partenaires européens met les Italiens sous pression, mais elle dit aussi autre chose de la construction communautaire – et qui est souvent sous-estimé dans les analyses: quand on fait marché commun et monnaie commune, tout est dans tout, on se tient par la barbichette, si je tombe, tu tombes. Dans le langage post crise financière de 2008, cela signifie: l’Italie est too big to fail, trop grande pour faire faillite, trop importante pour se déclarer en rupture de paiement de ses dettes. Si ses partenaires européens lui mènent la vie trop dure, s’ils se montrent trop intransigeants et ne comprennent pas qu’il faut d’urgence redonner du pouvoir d’achat aux Italiens, alors ils seront également éclaboussés, pris dans la tourmente, et se créeront des problèmes chez eux. Les banques italiennes détiennent environ 30 % des prêts à risques en Europe. Et les banques allemandes et françaises possèdent, elles, environ 27% de la dette italienne. L’interdépendance est plus serrée qu’on ne le croit, surtout parmi les pays membres fondateurs de l’UE, liés par 60 ans d’échanges commerciaux de plus en plus denses. Elle crée des obligations, une sorte de devoir d’assistance, quels que soient les états d’âme.

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