Laissez bronzer les cadavres


Le roman de Jean-Patrick Manchette, publié en 1971, était réputé inadaptable au cinéma. Les cinéastes Hélène Cattet et Bruno Forzani y sont pourtant parvenus, magistralement, avec un film tout à la fois halluciné et fidèle au propos originel.
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Qui a aimé le livre de Manchette au point de le relire régulièrement s’assied à la fois avec appréhension et excitation devant l’écran où va être projeté le film. Laissez bronzer les cadavres: une proposition philosophique. Pas le truc chichiteux qui s’apprend à l’université, plutôt un cheminement ascétique, âpre comme le vin rouge qui coule dans la gorge avant de réchauffer l’estomac, puis d’ouvrir l’esprit.
Trois truands et leur complice avocat s’installent dans un hameau abandonné des Cévennes où vivent l’été «quelques intellectuels gâteux de la vieille gauche germanopratine»*; en l’occurrence une artiste peintre fantasque et un écrivain en perdition, tous deux fortement alcoolisés. Depuis cette base stratégique, les malfrats opèrent un braquage sanglant qui leur rapporte deux cent cinquante kilos d’or, puis retournent s’y planquer. Jusqu’à ce que deux gendarmes les découvrent et les assaillent: l’affrontement mortel va durer un peu moins de vingt-quatre heures.
Des cinéastes postmodernes et un écrivain situationniste
Hélène Cattet et Bruno Forzani forment un couple de cinéastes décrit parfois comme postmoderne, explorant le genre italien giallo (à la fois policier, érotique et d’horreur). Ils sont Français mais vivent en Belgique, ce qui est déjà un manifeste en soi.



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