«Le rap, c’est l’artillerie lourde de la philosophie»


Vincent Cespedes a toujours eu à cœur de faire descendre la philosophie dans la rue: son dernier clash désobéissant est un rap néorésistant, qu’il signe derrière le blase de VIINCΞ. Le compositeur émérite (orchestres contemporains, musique de séries TV et de ballet), nous explique à la veille de la sortie du premier single, «On n’a pas», comment il mélange ses activités créatrices.
Votre album sort le 13 octobre prochain. Il s’appelle «Microliberté». Pourquoi?
C’est un mot qui se trouve dans les paroles d’un des titres, «Rocket Child»: «Chaque microliberté arrachée au Destin / Est un maxi-pouvoir dans le creux de ta main». Ce rap est dédicacé à mon fils aîné, Timau (4 ans et demi). Il évoque le thème du libre arbitre et de son émergence chez l’enfant, thème trop peu abordé. Une «microliberté», c’est un petit exercice de libre arbitre presque «pur», où le conditionnement parental est le moins présent possible. C’est la liberté d’un bébé, d’un enfant, qui va faire quelque chose par et pour lui, sans avoir besoin d’être mû par un surmoi, un devoir, une tendance inculquée.
Pour répondre plus globalement, il y a deux concepts dans ma vision du monde, deux grandes polarités métaphysiques, qui sont indéfinissables: la vie, dans toute sa concrétude, jusqu’à la chair, et la liberté, dans toute son irrationalité, jusqu’au vertige. C’est pour moi deux impensables qu’il faut pourtant penser. Comment la vie dans sa puissance d’énergie, de déploiement, est-elle capable de s’auto-engendrer, de se régénérer? La vie comme la liberté sont intimement liées à la philosophie, qui est d’abord un exercice de courage, d’engagement, de libre créativité. Être au contact de la philosophie doit rendre plus libre et plus vivant.




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