Madrid, New York, Berlin: le logement est devenu une bombe politique. Les loyers flambent, les prix s'envolent, et une question s'impose: qui peut encore se permettre d'habiter les grandes villes? L’immobilier est devenu un actif, une réserve de richesse, une source de rendements. A noter: le contre-exemple de Vienne.
Conséquence politique explosive: ceux qui possèdent déjà un logement voient leur patrimoine augmenter; ceux qui n’en possèdent pas doivent payer toujours plus cher pour accéder au même bien. La hausse des prix immobiliers est ainsi devenue une formidable machine à creuser les écarts de patrimoine.
A Madrid, à la suite des manifestations de masse, le gouvernement a publié des décrets de protection des locataires mais le Parlement les a rejetés, ce qui a conduit Pedro Sanchez à planifier de nouvelles élections. A New York, le logement s’est imposé comme l’un des grands enjeux de la nouvelle municipalité. Le maire gauchiste, Zohran Mamdani, a martelé ce sujet tout au long de sa campagne. A Berlin, où les locataires sont très largement majoritaires, la bataille fait rage autour des loyers, de la construction et de la propriété publique. Le premier parti de la ville, Die Linke, réclame l’expropriation d’un groupe qui possède des centaines d’appartements. En Espagne, la gauche a déclaré la guerre aux «fonds vautours» — les groupes financiers qui se ruent sur les logements. Ironie de l’histoire: le pouvoir qui a le plus combattu ces spéculateurs fut… le régime de Franco. Aujourd’hui, en Suisse comme ailleurs, les investisseurs institutionnels, les fonds de pension, les banques préfèrent miser sur les bâtiments aux rendements sûrs et juteux plutôt que de se risquer sur les marchés d’actions fluctuants. Les métiers du futur? Les startups? Ils s’en moquent. Si ce n’est dans le sillage des géants américains.
Les métropoles attirent les emplois, les étudiants, les entreprises et les capitaux. Mais elles construisent trop lentement. Le foncier est rare, les procédures sont longues, les règles d’urbanisme limitent souvent la densification. Pendant ce temps, la demande continue de progresser. De plus, le logement est aussi un capital dont on attend qu’il conserve ou augmente sa valeur. Pour son propriétaire, la hausse est une bonne nouvelle. Pour celui qui cherche à acheter, elle est une barrière. Pour le locataire, elle se traduit souvent par un loyer plus lourd. Le patrimoine appelle le patrimoine. Celui qui hérite d’un appartement part avec une longueur d’avance. Celui qui en possède plusieurs bénéficie d’une rente croissante. La fracture immobilière devient une fracture sociale et générationnelle. Dans plusieurs villes d’Europe, on constate que nombre d’adultes sans moyens financiers doivent vivre en colocation jusqu’à 30 ou 40 ans.






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