L’inquiétante bascule du Brésil


Le fils Bolsonaro a devancé Lula de 1,8 % au premier tour de l’élection présidentielle. Tout indique qu’il l’emportera le 25 octobre prochain. Sa mouvance est gagnante aussi du côté des gouverneurs d’Etat et du Sénat où le rejeton a placé son épouse et son fils. A quoi pourrait ressembler le Brésil demain? Et pourquoi ce virage qui interroge le monde?
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Vu de l’extérieur, c’est à n’y rien comprendre. Le bilan de Lula est remarquable. La pauvreté recule, les familles sont aidées, l’inflation modérée, l’économie encore en bonne forme. Face à lui, un jeune homme qui doit tout à son père, condamné aux arrêts domiciliaires pour tentative de coup d’Etat. Sans expérience, compromis dans des scandales financiers, sans programme élaboré, sinon les coupes dans le budget de l’Etat et la promesse de lutter davantage contre l’emprise des réseaux criminels — on se demande bien comment. Il affiche son alignement sur Trump et entend sortir des BRICS, ce qui porterait un sérieux coup à la tentative mondiale de freiner l’empire américain.
La fascination pour ce discours de rupture a tant de causes. Celles-ci méritent l’attention au-delà du Brésil car elles font écho à d’autres frémissements de l’opinion publique à travers le monde. Le modèle social-démocrate est en perte de vitesse. Même dans ses formes les plus rassurantes, il donne le sentiment à beaucoup de déboucher sur des machines étatiques trop lourdes, trop chères, trop bureaucratiques. L’individualisme s’affirme partout. Rien ne doit freiner l’ascension personnelle, l’esprit d’entreprise et la course à la richesse.
Le rejet du modèle social-démocrate
L’histoire du Brésil restera marquée par la stature de Luiz Inácio Lula da Silva, 81 ans, d’origine modeste, fondateur du Parti des travailleurs (PT). Au cours de ses trois mandats (non consécutifs), il a transformé la société brésilienne, la rendant plus juste et plus digne. Il a placé son pays, grand comme la moitié du continent sud-américain, en acteur mondial, indépendant des grandes puissances. Son tempérament à la fois ferme et modéré, étonnamment serein en toutes circonstances, lui vaut la confiance d’une moitié de son peuple et la détestation de l’autre. Les grands hommes butent parfois au sommet de leur gloire. Tel Churchill, battu aux élections de juillet 1945. Tel de Gaulle, qui démissionna en 1946, puis, après son retour au pouvoir, après avoir créé la Ve République et redressé la France, qui perd un référendum et s’en va. Circonstances diverses mais, à chaque fois, une forte stature qui finit par amener le rejet. Sans compter, dans le cas de Lula, le poids de l’âge, même s’il reste en belle forme, et le fait qu’il n’ait pas su ou voulu créer à ses côtés une figure de relais.




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