Quand nos certitudes vacillent

Par Yves Borgeaud · Publié le 20 mars 2026 · 12 min de lecture

Quand nos certitudes vacillent
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Il arrive que ce que nous croyions solide commence à se fissurer, en nous comme autour de nous. Ce trouble, souvent inconfortable, traverse aussi nos sociétés et accompagne les périodes où une manière de voir le monde ne suffit plus.

Un texte de Yves Borgeaud

Ceci est une invitation à dépasser les querelles, à chercher une dynamique plus porteuse, afin que celles et ceux qui le peuvent se relient à une sérénité paisible, empreinte de compassion pour une partie du monde — un Occident, et plus particulièrement une Europe — qui traverse une phase délicate de souffrance émotionnelle.

Nous traversons une période qui ébranle des logiques que nombre d’entre nous croyaient porteuses et qui se révèlent parfois à l’opposé de ce que nous espérions. Ce passage n’a rien d’évident. Quel que soit notre niveau de conscience, nous passons toutes et tous par des étapes souvent inconfortables, parfois douloureuses.

Lorsque le regard se transforme, gagne en profondeur et s’éloigne peut-être d’une certaine naïveté, ce qui se manifeste d’abord n’est pas toujours la lumière, mais bien souvent la douleur. Une part de la réalité jusque-là familière peut sembler vaciller ou s’effriter, et cette expérience a parfois quelque chose de profondément déstabilisant. Lorsque nos sens, nos repères ou nos certitudes se trouvent ébranlés, le trouble est naturel.

Il importe de se rappeler que cela n’a rien d’insurmontable. Il est possible de vivre avec ces déplacements. Être surpris, bouleversé, traverser des zones d’inconfort fait pleinement partie de l’expérience humaine. Nous avons aujourd’hui la possibilité de partager nos émotions, là où d’autres ont vécu des épreuves semblables dans la solitude, le déni, la discrimination ou même la violence. Ces passages constituent des étapes que nous ne pouvons que traverser, l’une après l’autre.

Cette période particulière, faite de confrontations, de chocs intérieurs et de réalités déstabilisantes, va très probablement se prolonger et s’amplifier dans un Occident trop focalisé sur un narratif figé, centré sur sa propre logique et ses angles morts. Au sein même de l’Occident, des vérités longtemps cachées émergent par vagues successives, révélant des ombres jusqu’alors occultées, niées, invisibilisées ou refoulées.

Le temps individuel et le temps collectif

Ces confrontations, intérieures comme extérieures, vont s’intensifier dans un monde multipolaire et interconnecté, et elles appellent moins le jugement que le soin — un soin discret, patient et profondément humain, nécessaire pour accueillir et transformer ces révélations.

Des individus et des groupes ont parfois traversé certains déplacements plus tôt que d’autres.

Après des années d’incompréhension ou de solitude, la tentation peut être grande de vouloir démontrer que l’on avait vu ou compris avant. Pourtant, les chemins de la conscience ne se déploient ni selon un calendrier unique ni selon une logique linéaire. Il existe un temps individuel, avec ses détours et ses accélérations, et un temps collectif, qui obéit à une dynamique plus vaste.

Dans ces phases de transition, celles et ceux qui ont déjà parcouru une part de ce chemin intérieur peuvent peut-être jouer un rôle d’équilibre, non par avance ou par supériorité, mais par expérience. Non pour convaincre, mais pour accueillir, apaiser, soutenir lorsque cela est nécessaire — et lorsque cela est demandé.

C’est aussi, d’une certaine manière, l’une des conditions d’être vivant. Lorsque les certitudes se fissurent, la douleur peut être réelle, mais elle s’inscrit dans une dynamique plus vaste. La vie nous porte à travers des océans d’incertitudes, parsemés de quelques îlots de certitudes, comme le disait mon regretté professeur de philosophie, Jean-François Malherbe.

Ombre et lumière tissent notre rapport au réel. Il nous est sans doute nécessaire d’apprendre à les réconcilier, avec rigueur mais aussi avec sensibilité, et avec une forme de bienveillance envers celles et ceux qui avancent à un autre rythme, qui n’avaient pas vu venir, pris dans le déni ou la superficialité de la «société spectacle», ou qui étaient simplement occupés à survivre. Le vécu du réel dépendant de notre état de conscience, il est parfois sage et utile de faire un pas de côté, afin de ne pas vivre exclusivement sous l’égide du temps Chronos.

Ce qui importe, aujourd’hui, est peut-être notre capacité à oser regarder la réalité en face, à nous soutenir mutuellement dans cet effort, à tirer quelque chose de ces expériences, même désagréables, à relever la tête et à poser des choix porteurs pour le monde que nous souhaitons habiter et construire ensemble.

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