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La redevance, le plus injuste des impôts

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 13 février 2026 · 12 min de lecture

La redevance, le plus injuste des impôts
© Shutterstock IA

La campagne démarre dans l’échange tumultueux d’arguments pour et contre l’initiative «200 francs, ça suffit»: les partisans ne voient guère dans quel triste état se retrouvera le paysage médiatique après des coupes massives dans ce service public; les opposants n’entrevoient pas davantage comment le maintien d’une taxe à peine réduite pourrait amener à réformer une entreprise boursouflée, autosatisfaite, souvent moralisatrice, dotée d’une direction controversée. Mais quel que soit le résultat, une injustice choquante subsistera: un impôt qui met dans le pétrin les plus démunis.

La femme de ménage qui tire le diable par la queue paie le même montant que le milliardaire dans sa somptueuse résidence. Or, personne ne remet sérieusement en question ce système, alors que d’autres pays ont trouvé des réponses à la même insatisfaction. La France et la Belgique ont carrément supprimé la redevance, le coût de ce service public étant pris en charge par l’Etat. La Norvège encaisse une certaine somme via la feuille d’impôt. La Suède procède de même, avec une contribution définie selon le revenu, d’environ 1 %, avec un plafond de 108 francs. L’Italie encaisse, pour cela, 90 euros par an, prélevés chaque mois sur la facture d’électricité des ménages. En Espagne, aucune redevance pour les particuliers, mais l’Etat, pour compléter son apport à la RTVE, taxe les chaînes de TV privées et les plateformes comme Netflix, Disney, Amazon Prime Video et même YouTube. Ces mêmes plateformes doivent, en outre, consacrer une part de leurs revenus — environ 5% au‑delà d’un certain seuil de chiffre d’affaires — au financement d’œuvres audiovisuelles européennes, ce qui complète l’écosystème de financement du secteur.

L’indifférence du monde politique face aux plus démunis

La manière de prélever la redevance pose une question de principe, d’équité fiscale, mais crée aussi une avalanche de problèmes pratiques. Car les personnes dans le besoin qui ne peuvent pas payer cette facture sont de plus en plus nombreuses. L’entreprise à laquelle la SSR délègue cette tâche, Serafe, a engagé 112 448 poursuites pour non‑paiement en 2024, contre 55 380 en 2023. Et lorsque celles-ci ne sont pas réglées, le cauchemar commence. Une société de recouvrement de créances, Intrum SA, est requise; elle facture ses services et les frais de rappel. La somme due peut ainsi grimper à plus de 500 francs. Pour les personnes poursuivies, les difficultés s’accumulent, avec notamment un acte de défaut de biens si rien n’a pu être saisi par l’office des poursuites. Ce qui rend quasi impossible de trouver un logement ou un emploi. 

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