La démocratie se manifeste aussi dans la rue


Lorsque des citoyennes et des citoyens se mobilisent, comme ce fut le cas ces dernières semaines en Suisse, certains responsables politiques dénoncent une menace pour la démocratie. Un renversement sémantique révélateur d’une conception étroite et verticale du pouvoir. Pourtant, ces mobilisations rappellent une évidence souvent oubliée: le pouvoir du peuple ne se limite ni aux urnes ni aux parlements. La contestation fait partie intégrante de l’exercice démocratique.
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La démocratie, tout le monde s’en gargarise. Les Suisses sont fiers de la leur, ils la considèrent parfois comme la plus ancienne du monde — ce qui, bien sûr, est faux. Bien avant que les trois proto-Suisses prêtent serment au Grütli, les Athéniens avaient déjà pratiqué cette forme d’organisation, au 5e siècle avant J.-C. Ce sont eux qui ont créé le concept: le mot dêmokratia estcomposé des mots Dêmos, qui signifie «peuple», et kratos, qui veut dire «pouvoir». Littéralement, la démocratie est donc «le pouvoir du peuple». Tout le monde le sait? Pas si sûr…
Deux fois ces derniers jours, des politiciens suisses se sont insurgés dans les médias du fait que la démocratie était bafouée… par des mouvements citoyens. Le peuple usant de son pouvoir pour bafouer le pouvoir du peuple? Voilà un renversement sémantique révélateur d’un certain état d’esprit: celui de celles et ceux qui se considèrent comme des élites.
Au Grand Conseil vaudois, à Lausanne
Samedi 13 décembre, d’abord, Nicolas Suter, député du Grand Conseil vaudois et chef du groupe PLR (libéral-radical), s’exprimait au micro du journal télévisé de la RTS. Commentant les concessions accordées par le Conseil d’Etat aux fonctionnaires mobilisés depuis plusieurs semaines, il lâchait cette phrase déconcertante: «C’est une atteinte à la démocratie, c’est la rue qui gagne!»




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