Réservé aux abonnés

Trouver le juste cap dans la tempête

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 8 août 2025 · 5 min de lecture

Trouver le juste cap dans la tempête
© Shutterstock

La tornade qui, en Europe, s’est concentrée sur la Suisse nous laisse ébaubis. Le gros temps durera. Ou s’éclaircira, ou empirera, selon les caprices du grand manitou américain. Les plaies seront douloureuses, la solidarité nécessaire. Il s’agira surtout de définir le cap à suivre à long terme, à dix, à vingt ans. Sur un échiquier mondial chamboulé en profondeur. La tempête actuelle a ceci de bon qu’elle nous oblige à y réfléchir.

Sommaire

Il est vrai que le récit théâtral de ces derniers jours est stupéfiant. Si les historiens ont un jour accès à l’enregistrement du fameux appel téléphonique entre la présidente de la Confédération et Donald Trump, ils auront de quoi gamberger sur le rôle de la psychologie en politique. Sur la raideur d’une dame professorale et sur l’usage de la colère chez un personnage furibard de nature. Il y aura de quoi aussi analyser les forces et faiblesses d’un Conseil fédéral peu préparé à un tel maelström. Peu habitué à jouer entre provocation et séduction. 

Mais voyons au-delà. Quel cap donner à ce petit pays neutre, ouvert aux échanges depuis toujours? Avec une part des exportations de 40 % du PIB. On entend ceux qui plaident pour un repli sur soi, une fière riposte avec nos propres taxes et diverses tracasseries anti-américaines. Irréaliste et contraire à la tradition d’ouverture. Songeons à ces horlogers qui vendaient des montres en Chine dès le 18e siècle! D’autres voix au contraire en rajoutent des couches dans la soumission, avec cadeaux et promesses, tenues ou pas, pour apaiser le courroux du prétendu patron du monde. 

Annuler la commande des F-35 et rapatrier les fonds de l’AVS!

Ce tireur de ficelles n’est pas éternel. Nul ne sait dans quel état se trouveront les Etats-Unis dans quelques années. Ils garderont quoi qu’il en soit une grande importance et leur traditionnelle ambition impérialiste. Mais il serait sage d’en finir avec la fascination qu’ils exercent sur nous depuis si longtemps. En commençant par prendre quelques distances dans les mois qui suivront l’épisode surchauffé. Exemples concrets? Annuler la commande des F-35: la hausse incessante de leur prix, les pépins qui s’accumulent, le retard de leur livraison sont autant de raisons défendables. Autre mesure urgente, rapatrier le fonds de réserve de l’AVS (40 milliards) confié autrefois à l’UBS, aujourd’hui à une banque américaine, la State Street Bank International, à Boston et Munich. Un dépôt devenu à haut risque. En cas de graves bisbilles, le gel ou la saisie de ces sommes est possible, prévue par la loi.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Exclusif. Un diplomate suisse soupçonné de trahison pour avoir parlé aux Russes

GéopolitiqueEnquête

Exclusif. Un diplomate suisse soupçonné de trahison pour avoir parlé aux Russes

Diplomate militaire à l'OSCE, le colonel suisse A.F.* avait pour mission de maintenir ouverts les canaux avec Moscou. Accusé par un homme proche des services ukrainiens d'avoir livré des secrets aux Russes, il a été rappelé de Berlin fin 2024. Entre-temps, la justice militaire enquête sur lui pour trahison. Ses anciens collègues dénoncent une opération de désinformation, relayée par la NZZ et jamais contrée par Berne. Chronique d'un thriller politique.

Rafael Lutz

L’Europe ne doit pas être le choix du moins pire pour la Suisse

GéopolitiqueCourrier des lecteursLibre

L’Europe ne doit pas être le choix du moins pire pour la Suisse

Selon notre lecteur Daniel Rousseau, une partie de l’élite politique suisse serait prête à sacrifier l’indépendance du pays au confort d’une tutelle européenne. Critique des nouveaux accords avec l’UE comme de la logique de vassalité, il défend une Suisse capable de négocier sans se choisir un maître. Une stratégie qui, selon lui, a permis à la Confédération de prospérer malgré sa petite taille.

Bon pour la tête

«En cas de guerre contre la Russie, la Suisse prendra parti aux côtés des Etats membres de l’OTAN»

GéopolitiqueArticle

«En cas de guerre contre la Russie, la Suisse prendra parti aux côtés des Etats membres de l’OTAN»

Le journaliste alémanique Rafael Lutz a publié, le 19 août 2026, un livre qui fait couler beaucoup d’encre: «Das NATO-Netzwerk in der Schweiz». A l’aide de documents obtenus en vertu de la loi sur la transparence, il décrit un réseau de fonctionnaires, d'experts et de journalistes qui œuvrent au rapprochement méthodique de la Suisse avec l'OTAN. Après l'intervention de l'avocate d'une haute fonctionnaire visée par un chapitre, les grands libraires alémaniques ont retiré le livre de la vente. Aucune décision de justice n'a été rendue. A trois semaines du vote sur l'initiative pour la neutralité, Rafael Lutz livre ici sa première interview dans un média romand.

Martin Bernard