Réservé aux abonnés

La «Coloniale» doit enfin accepter de quitter l’Afrique

Catherine Morand

Par Catherine Morand · Publié le 6 décembre 2024 · 5 min de lecture

La «Coloniale» doit enfin accepter de quitter l’Afrique
Des hauts gradés de l'armée française arrivant au Centre de lutte contre le terrorisme tenu par l'Armée française à Jacqueville (près d'Abidjan), en 2023. - © Catherine Morand

C’est la fin d’une époque. Depuis la période coloniale, des troupes françaises sont stationnées en Afrique. Mais aujourd’hui, ces «armées d’occupation», comme certains les qualifient, ne passent plus auprès d’une opinion publique et d’une jeunesse qui aspirent à s’affranchir d’une tutelle d’un autre temps. Et réduire cette aspiration à la seule propagande anti-occidentale diffusée par la Russie est réducteur.

Sommaire

En Côte d’Ivoire, où j’ai vécu pendant plusieurs années, voir ces militaires français mener leurs opérations, être partie prenante de l’économie locale, demeure un curiosité. Sur place, les gens expriment régulièrement leur ras-le-bol face à cet «Etat dans l’Etat», soit 900 hommes appartenant au 43e BIMA (Bataillon d’Infanterie de Marine, héritier de l’infanterie coloniale) logés dans un camp de quelque 230 hectares jouxtant l’aéroport d’Abidjan. Dans l’inconscient collectif de la population, l’armée française bombardant le palais présidentiel où s’était retranché le président Laurent Gbagbo en avril 2011 demeure une image marquante.

«Camouflet» ou sens de l’Histoire?

Après l’annonce, le 29 novembre dernier, par le Tchad et le Sénégal de leur volonté de mettre un terme à la présence sur leur sol de militaires français – à la suite du Mali, du Burkina Faso et du Niger – la Côte d’Ivoire et le Gabon demeurent les derniers, avec Djibouti, à ne pas remettre en question, pour l’instant, cette présence. Les médias de l’Hexagone ont aussitôt parlé de «camouflet», d’«humiliation» pour la France, d’un «nouveau revers» pour la politique africaine d’Emmanuel Macron. Oubliant peut-être un peu vite qu’il s’agit avant tout du sens de l’Histoire et que des troupes françaises stationnées en permanence sur le continent africain relèvent davantage d’un anachronisme datant de la période coloniale plutôt que d’une situation immuable qu’il s’agirait de préserver à tout prix.

Une nouvelle génération de chefs d’Etat, chacun à sa manière, demeure en tout cas soucieuse de poser des actes symboliques visant à recouvrer la souveraineté de leur pays et à redéfinir leurs relations avec l’ex puissance coloniale, comme l’expriment régulièrement leurs concitoyens. L’échec attribué aux troupes françaises de l’opération Barkhane dans leur lutte contre les djihadistes au Mali a par ailleurs battu en brèche la confiance qu’avaient leurs prédécesseurs dans les compétences et le savoir-faire militaire français, poussant les nouveaux dirigeants à se tourner résolument vers d’autres partenaires pour combattre l’insécurité qui gangrène leur pays. 

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

La neutralité, la gauche et la guerre

GéopolitiqueArticle

La neutralité, la gauche et la guerre

La gauche suisse, historiquement porteuse des luttes pour la paix, se retrouve divisée face à l'initiative sur la neutralité. Tandis que PS, Verts et SolidaritéS rejoignent une union sacrée avec la droite et les milieux économiques pour la combattre, une minorité pacifiste et internationaliste y voit au contraire un outil de non-alignement face aux impérialismes. Entre désir de sanctions, dépendance croissante à l'OTAN et bons offices oubliés, cette fracture interroge: comment les gauches peuvent-elles retrouver un chemin commun vers la paix?

Anne Voeffray

Fasciste! Antisémite! Extrême droite! Ou quand la politique touche le fond

GéopolitiqueArticle

Fasciste! Antisémite! Extrême droite! Ou quand la politique touche le fond

A force d’être brandies à tout propos, ces étiquettes finissent par vider les mots de leur sens et par empêcher tout débat contradictoire. Une dérive qui n’est pas sans conséquences pour la démocratie. Et qui finit même par se retourner contre ses auteurs en alimentant le succès des partis qu’ils cherchent à marginaliser. La cause des succès récents de l’AfD en Allemagne n’est pas à chercher ailleurs.

Guy Mettan

100 % Mabrouk: la France en boucle fermée

GéopolitiqueArticle

100 % Mabrouk: la France en boucle fermée

Arrivée fin août sur BFMTV avec «100 % Mabrouk», Sonia Mabrouk s'est imposée comme l'une des voix les plus écoutées et les plus disputées du paysage audiovisuel français. Son ascension raconte, mieux qu'aucune autre trajectoire, comment les thèmes de la droite radicale ont fini par occuper l'intégralité de l'antenne, à quelques mois d'une présidentielle où le voile, l'immigration et le déclin identitaire tiennent lieu de programme. Décryptage.

Sid Ahmed Hammouche