Réservé aux abonnés

La nature, est-ce bien naturel?

Patrick Morier-Genoud

Par Patrick Morier-Genoud · Publié le 12 avril 2024 · 4 min de lecture

Une Anglaise a confondu un pompon de bonnet et un hérisson tandis que d’autres confondent le mariage et l’amour, ce qui n’est pas plus malin mais tout aussi compréhensible. Quant à la sexualité, nous n’avons jamais fini de l’explorer, notamment lorsqu’elle passe par les tétons. C'est dingue tout ce que nous apprennent les médias!

Sommaire

Au milieu des nouvelles habituelles qui déclenchent souvent des commentaires «réflexes», il y en a de plus surprenantes, de plus insolites qui poussent parfois à la réflexion. C’est le cas cette semaine avec ces trois actualités.

Ça, c’est le pompon!

En Angleterre, une femme d’une soixantaine d’année s’est rendue dans un refuge pour animaux afin d’y faire soigner un hérisson recueilli sur le bord de la route. Or, les vétérinaires qui ont voulu ausculter l’animal se sont rendus compte qu’il s’agissait d’un… pompon de bonnet. La dame, soucieuse de ne pas stresser l’animal qu’elle pensait avoir sauvé «l’a mis dans une boîte avec de la nourriture pour chat et l’a laissé seul dans un endroit chaud et sombre», relate Europe 1. Ne vous moquez pas d’elle. Son rapport à la nature n’est pas plus fantasmé que le vôtre ou le mien. L’anthropologue Philippe Descola explique ça très bien: «La nature est une abstraction, cela n’existe pas. (…) C’est un concept (…), une façon d’établir une distance entre les humains et les non-humains. La nature est un dispositif métaphysique que l’Occident et les Européens ont inventé pour mettre en avant la distanciation des humains vis-à-vis du monde.» Descola a longuement vécu chez les Achuars, en Amazonie, pour qui les plantes et les animaux partagent avec nous une «intériorité»: «Non seulement les Achuars n’ont pas de terme pour désigner la nature, mais c’est un terme quasiment introuvable ailleurs que dans les langues européennes, y compris dans les grandes civilisations japonaise et chinoise.» Cela dit, en tant qu’espèce, nous sommes bel et bien en train de détruire notre environnement, ce n’est pas un fantasme et ce n’est pas très malin.  

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

Homosexualité en Afrique de l’Ouest: comment la colonisation a effacé des siècles de tolérance

HistoireLu ailleursLibre

Homosexualité en Afrique de l’Ouest: comment la colonisation a effacé des siècles de tolérance

L’idée selon laquelle l’homosexualité serait «non-africaine» est aujourd’hui martelée par de nombreux dirigeants du continent africain. Pourtant, les sources historiques, linguistiques et anthropologiques racontent une tout autre histoire. Des Yoruba du Nigeria aux Nankani du Ghana, en passant par le royaume du Dahomey, l’Afrique de l’Ouest précoloniale connaissait, tolérait et parfois célébrait les relations entre personnes de même sexe. C’est bien l’homophobie et non l’homosexualité qui fut importée par les colons.

Bon pour la tête

«Le rire n’a jamais été totalement libre»

CultureArticle

«Le rire n’a jamais été totalement libre»

Le rire occupe une place paradoxale dans les sociétés humaines. Il est à la fois profondément ancré dans notre nature et régulièrement surveillé et cadré. Voilà la retranscription d’un extrait de l’entretien que Rémy Watremez a accordé à «Antithèse». S’appuyant notamment sur les analyses d’Henri Bergson, abordant les polémiques autour de Blanche Gardin ou Dieudonné, il explore ce que le rire révèle de notre humanité, et aussi les tensions qu’il suscite aujourd’hui dans l’espace public.

Rémy Watremez

Echange de lettres avec Brigitte Bardot

CultureArticle

Echange de lettres avec Brigitte Bardot

A l’été 2009, la star disparue fin décembre répondait par écrit à une invitation du festival de philosophie que j’organisais à Saint-Maurice sur le thème de l’homme et l’animal. Ces courriers manuscrits, publiés pour la première fois, révèlent la cohérence intime d’un choix de vie radical et souvent incompris, ainsi qu’un geste de profonde humanité.

Guy Mettan

La foi dans le progrès aura-t-elle raison de notre humanité?

Sciences et technologiesCourrier des lecteursLibre

La foi dans le progrès aura-t-elle raison de notre humanité?

Notre époque entretient avec la science un rapport paradoxal: nous attendons d'elle qu'elle nous sauve mais refusons d'entendre ses avertissements. Cette approche n'a rien de neutre: elle reflète les priorités d'un système qui privilégie l'optimisation technique au détriment de nos choix collectifs, jusque dans notre rapport au soin, au travail ou au débat démocratique. Une contribution de notre lecteur Charles Peloye.

Charles Peloye