De trois sous faire une voie lactée

Publié le 12 avril 2024
«Et ceci, esseula», Al Martin, Les Cahiers Dessinés, 160 pages.

Dans les années 1970, Alain Martin dessinait, au crayon, des gants de boxe hyperréalistes. Des bottes en cuir aussi. Il n’était ni boxeur ni cordonnier et on se doutait bien que l’objet lui-même était un prétexte. Mais un prétexte à quoi? Les Cahiers Dessinés donnent à voir aujourd’hui cinquante ans de la pratique artistique d’Al Martin. Cinquante ans de recherches, d’explorations, d’expérimentations, de dérives volontaires. C’est comme un voyage dans un désert peuplé de tribus, de faunes et de flores. Le texte de Philippe Cyroulnik qui accompagne les dessins d’Al Martin permet de mieux le comprendre que mes allusions deleuziennes: «En ces temps où le retour au « métier », l’apologie du « noble » et du « savoir-faire » semblent être des fins en soi, il y a dans le dessin d’Al Martin un côté irrévérencieux et insolent qui rafraîchit. Alors que tant de trissotins confondent application et intelligence, laborieux et ingénieux, l’œuvre d’Al Martin est une respiration salutaire dans l’air du temps.» Ou mieux encore: «Il fait de presque rien un monument, de trois sous une voie lactée, d’une tache un continent.» Voilà enfin une définition de l’art – et des artistes – simple à comprendre.    

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