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Serbes et Juifs, victimes puis agresseurs

Par David Laufer · Publié le 3 novembre 2023 · 5 min de lecture

Serbes et Juifs, victimes puis agresseurs
Dans la rue principale de Vukovar, les ruines témoignent encore de la violence de la bataille qui y a fait rage, en 1991. - © DR

Un ancien diplomate israélien, critique du gouvernement actuel, soutenait qu'Israël était le seul exemple dans l'histoire récente d'un Etat qui se présente comme victime pour justifier d'une politique d'agression. Il ignorait le cas serbe, dont les agissements à travers les années 90 présentent beaucoup de similarités psychologiques avec ce qui se déroule actuellement en Israël et à Gaza. Avec peut-être des conséquences similaires à la clé.

L’autoroute Belgrade-Zagreb a été commencée par Tito et portait autrefois le nom ronflant de «Fraternité et Unité». Ce ruban d’asphalte de 400 kilomètres devait matérialiser la réconciliation entre les frères ennemis croate et serbe, enfin réunis et pacifiés sous la bannière du socialisme conquérant. De nos jours, en franchissant le poste-frontière serbe, on peut distinguer une vilaine affiche de format A5 négligemment collée sous le guichet du douanier. Des photos écœurantes illustrent un texte imprimé en plusieurs langues qui enjoint celui qui entre en Croatie à ne jamais oublier les horreurs de l’Opération Tempête, ce «génocide» contre le peuple serbe.

Le 5 août 1995, après trois ans et demi d’occupation militaire de la Slavonie et de la Krajina croates, quelque 150’000 Serbes, présents depuis des siècles sur ces terres, se faisaient violemment expulser par l’armée croate. Selon les Serbes rien n’explique l’Opération Tempête, rien ne peut la justifier. Qu’ils aient eux-mêmes violemment attaqué la Croatie dès 1991, qu’ils s’y soient comportés avec une brutalité inouïe et commis d’innombrables crimes de guerre, tout cela ne compte donc pas. Depuis 1991 une dissonnance cognitive persiste à hanter l’âme serbe.

Lorsque la Croatie déclare son indépendance le 25 juin 1991, la forte minorité serbe, enflammée par Belgrade, entre immédiatement en mode défensif. Car elle conserve et se transmet de générations en générations le souvenir des horreurs de la Seconde guerre mondiale. C’est en effet entre 1941 et 1945 que l’Etat Indépendant de Croatie, sinistre croupion hitlérien, a massacré entre 200 et 400’000 Serbes dans des conditions qui révulsaient même les Allemands. Ainsi dès l’été 1991, les Serbes de Croatie entrent en résistance armée, avec le soutien direct de la Belgrade fédérale, qui attaque avec toute sa puissance la ville frontière de Vukovar. Et c’est à Vukovar, en quelques semaines d’une bataille urbaine inégale et barbare, que la Serbie perd son innocence, sa légitimité et sa crédibilité internationale.

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