Révolution scientifique ou apocalypse anthropologique? Les systèmes conversationnels tels que ChatGPT créent la division chez les spécialistes, au point que certains réclament un moratoire de six mois sur leur développement. Quelques uns de leurs concepteurs disent même «regretter» cette invention... «Le Monde» a interrogé deux chercheurs en réseaux de neurones artificiels, aux vues diamétralement opposées.
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Yoshua Bengio, chercheur canadien, est l’un des précurseurs des réseaux de neurones artificiels, la technologie sur laquelle reposent, entre autres, ChatGPT et Midjourney. Signataire de la demande de moratoire, il livre ses inquiétudes, fondées sur le fait que ChatGPT passe, haut la main, le «test de Turing», qui consiste à déterminer s’il est possible de savoir, en utilisant un système, si l’on a affaire à une machine ou à un humain. Selon lui, un dialogue avec ChatGPT peut donc être très aisément confondu avec une conversation entre amis.
Principe de précaution
La source d’inquiétude, pour Yoshua Bengio, ce sont les «boîtes noires» de ces outils. Car ces systèmes ne sont pas conçus comme n’importe quel logiciel, limité dans l’accomplissement d’une tâche, ils sont faits pour «apprendre» à partir des données fournies et «imiter» les conversations entre humains. On ne maitrise pas totalement le principe d’apprentissage de la machine. Mais attention, cela ne signifie pas que les machines pourraient «se retourner contre les humains» ou tenter de les réduire en esclavage. Aucun spécialiste sérieux n’envisage ce scénario qu’ils laissent aux amateurs de science-fiction apocalyptique…
En revanche, pour ce chercheur, un principe de précaution est nécessaire. Une telle révolution peut, peut-être, déclencher une série de réactions en chaine que nous sommes bien en peine d’anticiper. Le risque existe. En particulier pour la démocratie: à terme, il anticipe une explosion de la désinformation, qui ébranlera les démocraties. Il note également que les systèmes d’IA ont bien sûr une dimension politique. Pour le moment, il s’agit d’une technologie exclusivement américaine; les Etats autoritaires n’y ont pas accès et, dit-il, même la Chine accuse un retard en la matière. Mais cela ne saurait durer.






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