Il y a plus de vingt ans, en mars 2000, éclatait la première bulle internet, inaugurant un cycle de faillites retentissantes (Enron) et de dévoilement de fraudes massives (Worldcom, Adelphia) qui durèrent jusqu’en 2002 et jetèrent un discrédit durable sur la branche. Un débat opposa alors les tenants de l’économie réelle – celle de l’industrie et des services traditionnels – aux apôtres de l’économie virtuelle pour qui le salut de l’humanité reposait sur les nouvelles technologies de l’information comme on les appelait alors.
On oublia bien vite cette crise et ces querelles. De nouveaux venus, les fameux GAFAM et leurs satellites plus ou moins baroques – plateformes blockchain et cryptomonnaies – apparurent sur la scène et monopolisèrent l’attention des médias et d’investisseurs boursiers avides de gains d’autant plus rapides que l’argent coulait à flots grâce à la politique d’assouplissement quantitatif mise en place par les banques centrales après la crise hypothécaire de 2008.
L’économie virtuelle adossée à l’argent virtuel (mais aux bénéfices bien réels, eux) a tourné à plein régime jusqu’à ce que la machine se grippe au début de cette année, rattrapée par les dures contingences du monde matériel. Les bourses et les valeurs technologiques ont plongé, suivies par la chute des habituels carambouilleurs de la finance, dont l’angélique patronne de Theranos Elizabeth Holmes et le gentil Sam Bankman-Fried sont les plus éminentes figures.
La première a vendu des tests sanguins qui n’existaient pas et le second de l’argent qu’il n’avait pas. La banqueroute de la plateforme de cryptos FTX est révélatrice de l’état d’esprit et des ravages de l’endogamie qui règnent dans certains milieux financiers. Il apparait ainsi que la mère de Bankman-Fried, Barbara Fried, est l’un des principaux donateurs du parti démocrate américain à travers son super comité de soutien Mind the Gap, et que son fils n’est pas en reste, avec 5 millions de dollars offerts au candidat Biden en 2020 et près de 40 millions pour la campagne de mi-mandat. On notera que la directrice de la société fille de FTX, Alameda, est la petite amie du fondateur et que celle-ci est liée par son père au directeur de la Commission de contrôle de la bourse tandis que la directrice des investissements de FTX est une ancienne de la Fondation Clinton. 32 milliards de cotation boursière se sont évaporés et deux milliards de dépôts ont disparu des caisses.






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