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Cinq raisons de ne pas oublier Oskar Kokoschka

Marie Céhère

Par Marie Céhère · Publié le 25 novembre 2022 · 8 min de lecture

Cinq raisons de ne pas oublier Oskar Kokoschka
"Enfants jouant", Oskar Kokoschka, 1909.

Le Musée d’Art Moderne de Paris présente «Oskar Kokoschka. Un fauve à Vienne», la première rétrospective de cet iconique artiste, dramaturge et poète viennois. La carrière de «l’enfant terrible» débute au cœur de la Sécession, Kokoschka et sa légende passent les frontières, traversent l’Europe du XXème siècle, jusqu’à la fin de sa vie à Villeneuve, sur les rives du lac Léman. Grand européen, provocateur de génie, militant politique incisif, Kokoschka a sa place à part dans l’histoire de l’art.

Sommaire

1. De la Sécession à l’expressionnisme

Kokoschka, né en 1886 non loin de la capitale de l’empire austro-hongrois, débute sa carrière à Vienne, sous l’aile de Gustav Klimt et d’Adolf Loos, et s’intègre à la Sécession viennoise. Ses premières esquisses, qui seront familières aux visiteurs du musée Jenisch de Vevey où certaines sont conservées, portent bien la trace et le style Sécession. Corps de femmes désarticulés à la manière de Klimt, mais aussi affiches, typographies, interprétations religieuses, et ce tableau, «Mère et enfant» (1921), où le visage verdâtre de la mère, d’une main retenant son enfant, rappelle à distance «La Mère morte» (1910) d’Egon Schiele.

Cependant, Kokoschka, en rebelle, s’affranchit tôt des canons de la Sécession, au point d’en être considéré comme «l’enfant terrible». L’expressionnisme l’emporte sur l’Art nouveau. A partir de 1909, il se bâtit une réputation en peignant le portrait de notabilités, portraits qui font scandale et provoquent souvent le mécontentement des modèles, tant il semble que leur âme est peinte sur leur front en larges coups de pinceau.

2. Un don de «voyant»

En 1910, Kokoschka effectue un premier séjour en Suisse. Il réalise les portraits de pensionnaires d’un sanatorium. La maladie et l’âme des modèles sont lisibles par dessus l’enveloppe charnelle, retournée comme un gant. La légende autour des prétendus dons de voyant du peintre commence à se cristalliser, celui-ci ayant aux dires des modèles prophétisé leur sort en peignant leur portrait. Il se montre en tout cas très psychologue, et connaisseur de la sauvagerie de l’âme humaine. Inspiré par la psychanalyse, comme tout Viennois de son temps, il représente des visages aux yeux tantôt dévorant le spectateur, tantôt comme deux globes vidés de leur substance; des mains énormes et tordues, des bouches grimaçantes.

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