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Avant que d’être le poète scandaleux des «Fleurs du Mal», Charles Baudelaire, dont on célèbre cette année le bicentenaire, a beaucoup écrit sur l’art. Durant toute sa vie, il n’a jamais cessé de fréquenter les ateliers. Comme plus tard Guillaume Apollinaire, grand admirateur de Picasso, qui fit beaucoup pour la reconnaissance du cubisme, Baudelaire s’employa avec une égale passion à imposer les peintres de son temps, Delacroix, Courbet, Manet. Et de se faire à travers eux le chantre d’une nouvelle manière de voir, d’une nouvelle façon d’appréhender ce qu’il appelle «l’héroïsme de la vie moderne.»

Le Havre, gare maritime, 29 mai 1935. Ils sont quatre du monde des Lettres arrivés de Paris. Les plus perspicaces ont reconnu Madame Colette, la grande Colette, qui vient de publier «La Chatte et Duo». Elle est en compagnie de Claude Farrère, l’auteur aujourd’hui quelque peu oublié de «La bataille», élu la veille à l’Académie Française. Il y a aussi le dramaturge Pierre Wolff et puis cet homme avec un béret basque sur la tête, mégot aux lèvres, qui arbore une manche vide: Blaise Cendrars, le poète des «Pâques à New York». Tous quatre sont dépêchés par leurs journaux respectifs à bord du Normandie pour sa croisière inaugurale.

Ce devait être l’un des événements-phares de l’automne et de l’hiver parisien, l’exposition «Matisse, comme un roman» au Centre Georges Pompidou. Une rétrospective réunissant quelque deux-cent-trente œuvres de l’artiste de Cimiez à l’occasion des cent-cinquante ans de sa naissance. Las, la Covid en a décidé autrement. Reste le roman, justement. L’ouvrage consacré par Aragon au peintre prodigieux de La Danse et de la série Jazz et qui sert de prétexte à l’exposition. Ce livre inclassable, Henri Matisse, roman, qui m’accompagne depuis sa parution en 1971, réédité il y a quelques années dans la collection Quarto.


Au milieu du chemin de notre vie/ je me retrouvais dans une forêt obscure/ parce que la voie droite était perdue.» Qui ne connaît les trois premiers vers de cette œuvre unique, sans exemple, qu’est «La Divina Commedia»? Le poème de Dante Alighieri, dont cette année marque le 700e anniversaire de la mort et qui devrait donner lieu à quantité de manifestations et pas seulement en Italie. Pour autant que la Covid, à l’image des trois bêtes sauvages qui barrent le chemin du poète au début de son voyage, nous laisse en repos, nous permette enfin de quitter la selva oscura.

Paru en 2017 aux éditions d’autre part, « Petite Brume » est le récit d’un paysan qui voit débarquer les huissiers et qui, en une seule journée, se fait saisir le fruit d’une vie de labeur. Un dépouillement relaté sous la forme d’un effeuillage, puisque chaque outil, chaque machine et chaque bête est tour à tour vendu(e) aux enchères. Et c’est chaque fois un pan de souvenirs qui s’en va en même temps. Des souvenirs heureux qui tranchent d’autant plus violemment avec la tragédie de cette journée. L’ordre dans lequel ces biens sont vendus obéit à un crescendo d’attachement. Ce n’est donc pas un hasard si la jument Petite Brume passe en tout dernier. Le contraste entre la valeur sentimentale et les éléments chiffrés permettant de déterminer la valeur marchande de chaque bien nourrit et renforce la tension dramatique. Au final, c’est la vie entière de l’intéressé qui est mise à prix.

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Comme trop souvent l’actualité fonctionne sans mémoire du passé et sans histoire.



Entre poésie à quatre sous et célébration mystique, confusion mondiale et lueurs d’antique sagesse, marchands du temple et tendre innocence, Savoir à majuscule et sentiments minuscules, l’humanité se cherche un sujet de fête commune qui ait du sens. Folie apparente de ce Noël 2020 aux rites perdus, ou tout le contraire, ainsi que le suggère «Simplement comme c’est», poème d’une seule phrase signé Vince Fasciani…