
À bas les jeunes et mort aux vieux sera la devise des sans-âge…
Sur les notions de gâtisme et de jeunisme. Du provincialisme dans le temps, de l'âge qui ne fait rien à l'affaire et des filiations fécondes...

Sur les notions de gâtisme et de jeunisme. Du provincialisme dans le temps, de l'âge qui ne fait rien à l'affaire et des filiations fécondes...

Les légitimes revendications sociales et politiques des femmes devraient aller de pair avec la (re)découverte de grandes voix parfois occultées par le bruit. Au sommet de la pensée poétique, Simone Weil, Maria Zambrano et Cristina Campo revivent ainsi par la grâce d’un admirable triptyque d’Elisabeth Bart.

La globalisation ne nous aura pas: de la plus haute cafète du monde, au sommet du Petit Cervin, aux îles paradisiaques plus ou moins protégées des funestes tours operators, l’humanité lucide – à savoir nous, Européens ou citoyens du monde insoumis –, se réveille et n’ira pas «dans le mur». Avec «Demain l’Europe», le sinologue Jean-François Billeter indique des pistes. Cela au moment même où, aux Journées de Soleure, nos «autrices et auteurs» vont seriner leurs vieilles rengaines…

Dans le récit critique (et autocritique) de «White», son dernier livre, où il revient sur trente ans d’expériences parfois cuisantes, malgré sa célébrité et son mode de vie effréné, Bret Easton Ellis s’en prend au nouveau conformisme moralisant du politiquement correct à l’américaine, aux effets pervers des réseaux sociaux et, côté zombies, à l’empire du vide symbolisé par la famille Kardashian ou le gigotant ado Cameron Dallas, notamment…

Bien plus que la seule bio quasi exhaustive du grand écrivain russe, qui modifie de beaucoup son image trop souvent édulcorée, voire diaphane, c’est une traversée de son œuvre de nouvelliste et de dramaturge que nous propose «Anton Tchekhov – une vie» de Donald Rayfield, et un aperçu prodigieusement vivant de son univers familial, du milieu littéraire et théâtral qu’il fréquenta et de la société russe de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

Déambulant à sa propre rencontre par vaux et collines, le cueilleur de tessons remonte, de ruisseaux en rivières, le fleuve des rêveurs itinérants. Pour nous rejoindre au pays des lacs et des âmes où nous attendent les enfants d’Anker et Walser le vagabond, après moult rencontres et observations. Leçon de choses au fil des mots…

A l’enseigne des Éditions Noir sur Blanc paraissent les deux premiers volumes de la série de rééditions slaves et «étrangères» de L’Âge d’Homme. Le grand éditeur y eût-il vu une captation indésirable, voire une trahison? La démarche généreuse de Vera Michalski illustre au contraire la devise du passeur, «on continue!» et lui fait honneur autant qu’à celles et ceux qui l’ont secondé ou soutenu…

Sous les plumes respectives de Gérard Joulié et Roland Jaccard, deux génies poético-philosophiques de la première moitié du XXe siècle, G.K. Chesterton et Ludwig Wittgenstein, reviennent en beauté par l’analyse fine et le verbe incarné. La même indépendance d’esprit et la même douce folie traverse en outre «Chesterton ou la quête excentrique du centre» et «L’enquête de Wittgenstein».

Grand écrivain mineur, l’auteur de «La belle lurette», du «Tout sur le tout», de «L’Italie à la paresseuse», de «Rêver à la Suisse» ou de «Peau d’ours», entre autres merveilles marquées par le même humour frotté de mélancolie, fut aussi un journaliste comme point d’autres, notamment dans «Les deux bouts». Avis aux jeunes plumes indociles en veine de touche humaine!

Un recueil de «Nouvelles inquiètes» s’ajoute aux multiples publications qui ont marqué le centenaire de la naissance du grand conteur italien (1906-1972), rassemblant les brèves et fascinantes histoires qu'il publiait dans le «Corriere della sera». Tout le contraire de «fake news» loufoques ou gratuites: autant de vérités profondes dégagées des faits divers ou des multiples aspects de la vie ordinaire...

Contre ceux qui, à la manière honteuse du président de la Confédération helvétique Ueli Maurer, estiment qu’il faut «tirer un trait» sur les tragédies vécues par son peuple, l’écrivain Ma Jian exilé à Londres après «Le coma de Pékin», inspiré par le massacre de Tian’anmen, publie une satire romanesque carabinée sous le titre de «China Dream», visant directement l’aliénation collectiviste et, indirectement, le rêve consumériste à l’occidental.

Dans la foulée de Dickens ou de Poil de carotte, l’enfance blessée n’en finit pas d’inspirer des livres qui sont parfois de terribles réquisitoires, comme «Le Prince d’Aquitaine» de Christopher Gérard, ou des remémorations plus amples et nuancées à la manière de «François, roman», récit autobiographique de François Taillandier. Deux ouvrages également remarquables par leur très belle écriture et leur pouvoir d’évocation, voire d'identification.