En Russie, « les drones ukrainiens font des dégâts mais la population en a vu d’autres »
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Jean-Christophe Emmenegger est un journaliste et écrivain suisse. C’est aussi un habitué de la Russie, où il se rend régulièrement depuis les années 1990. En juin 2026, il a effectué un voyage de plusieurs semaines dans le pays, ce qui lui a permis de constater qu’à Touapsé notamment, nos médias ont largement amplifié l’impact des frappes de drones ukrainiens en prétendant que la raffinerie et les côtes russes de la mer Noire seraient dévastées. L’offensive ukrainienne s’est certes intensifiée depuis le début de l’année, la Russie est touchée et cela lui fait mal, mais ses effets sur la population sont, selon ses observations, largement surestimées par la propagande.
Le témoignage est précieux pour une autre raison. Emmenegger est l’un des rares Suisses à s’être rendu dans le Donbass entre 2023 et 2025. En tant que simple voyageur, sans escorte militaire aucune. Ce qu’il a observé sur place contredit bien des idées reçues véhiculées en Occident au sujet de la région et de ses habitants. Ainsi, le bourg de Sartana, près de Marioupol, n’a pas du tout été détruit par les frappes russes, contrairement à ce qu’a affirmé le journal Le Monde en mars 2022. Dans les régions occupées par l’armée russe, la vie a repris son cours, souvent à la satisfaction des habitants. Les villes et villages sont reconstruits et de facto intégrés à l’architecture administrative russe.
Au cours de l’entretien, Emmenegger décrit aussi quel est l’état d’esprit des Russes actuellement vis-à-vis de la guerre, comment se porte le pays et comment il envisage une voie de développement qui lui est propre, à cheval entre la civilisation européenne et les grands espaces eurasiatiques. Il raconte aussi comment les Russes perçoivent la Suisse. « Plus personne ne la considère neutre », dit-il. Sur place, « j’ai grande peine à sauver l’honneur de mon pays, mais je m’y attache encore ».
À ceux qui l’accusent de relayer la propagande du Kremlin, Emmenegger répond, avec humour : « Peu importe les explications que je pourrais donner à mes contradicteurs : ils me considéreront toujours comme l’agent du Kremlin, le suppôt de Poutine, “payé combien” ? Et, si je ne suis payé rien du tout, c’est que je suis un idiot utile. Ces attaques personnelles m’ont souvent donné envie de demander un salaire à l’administration russe… »
S’il aime la Russie, qu’il considère un peu comme son pays de cœur, le Fribourgeois n’en apprécie pas pour autant toutes les évolutions. Ainsi, la technologie et les outils de surveillance y sont plus développés qu’en Occident. La mondialisation et la société de consommation y gagnent aussi du terrain.
De ses voyages, le Fribourgeois a tiré un livre, Un Suisse au Donbass : Sotchi-Marioupol-Yalta, 2023-2025, paru le 14 avril 2026 aux Éditions du Canoë.