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Une nuit japonaise

Publié le 6 juin 2019 · 2 min de lecture

J’avais à peine trente ans et j’étais très fier d’avoir été invité à Bruxelles pour un débat sur la psychanalyse. La télévision belge m’avait logé à l’hôtel Métropole. Un essai sur un patient de Freud, l’Homme aux loups, m’avait valu cet honneur. J’avais alors l’allure d’un universitaire anglo-saxon, la foi d’un néophyte en matière de psychanalyse et la sexualité un peu tordue d’un amateur de nymphettes. Né et élevé en Suisse, j’ignorais encore que j’avais une seconde patrie: le Japon. Il me fallut pas mal d’années pour le découvrir, mais la nuit que je passais à l’hôtel Métropole n’y fut pas étrangère.

Dès mon arrivée, j’avais remarqué dans les salons de ce palace un peu décati un essaim de jeunes filles en uniforme avec des chaussettes tombant sur leurs mocassins. Je n’y prêtai pas vraiment attention, trop absorbé par les quelques dogmes freudiens que je m’apprêtais à débiter. Dans l’ascenseur, je remarquai une de ces jeunes filles plus silencieuse que ses camarades, presque absente à elle-même et dont le regard trahissait un mélange d’effroi et de curiosité assez singulier. Elle me frôla avant de sortir et je me réjouis sans trop savoir pourquoi qu’elle ait une chambre au même étage que le mien.

Une fois ma mission accomplie, celle d’un défenseur et illustrateur de la psychanalyse, je retournai à l’hôtel Métropole et m’étendis sur mon lit avec le sentiment d’avoir fait le job plus qu’honorablement. Tout cela aurait été d’une banalité consternante si quelques minutes plus tard je n’avais entendu qu’on grattait à ma porte. Ma surprise fut extrême quand j’aperçus la lycéenne croisée dans l’ascenseur. Elle ne dit pas un mot, mais avec un naturel enfantin se glissa sous ma couette. Pour la première fois – et Freud sei Dank pas pour la dernière – je goûtai au mets le plus raffiné, le plus subtil, le plus surprenant dans son alternance de férocité et de bouderie. Comme tout ce que j’avais connu durant mes années lausannoises me parut fade alors!

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