Trous de mémoire

Par Antoine Thibaut · Publié le 28 octobre 2020 · 4 min de lecture

Trous de mémoire
Que disait la presse romande de la grippe en 2017? - © DR

Suivre l’actualité, c’est bien. Retrouver les articles d’hier peut être intéressant aussi. Plongée dans la presse romande de janvier 2017. Quand sévissait la grippe… Comparaison n’est pas raison. Mais nos trous de mémoire donnent à penser. Sans nier la gravité de l’actuelle pandémie.

Le Nouvelliste (13.01/2017) Les hôpitaux du Valais romand sont saturés.  Les 662 lits dotés en personnel sont tous occupés depuis plusieurs jours (…) Le report de certaines opérations programmées pourrait être décidé.

La Tribune de Genève (17/01/2017) Les malades de la grippe font déborder l’Hôpital. Le directeur médical de l’établissement déclare: «Aujourd’hui, nous manquons de lits. Le personnel s’épuise et risque de tomber malade…» Plusieurs services, comme la chirurgie et les soins palliatifs, ont été priés d’accueillir des patients grippés. 

24 heures (25/01/2017) L’OMS, en état d’alerte élevée, appelle les Etats à plus de vigilance. «Depuis deux mois, près de 40 pays ont été confrontés à des épidémies de grippe aviaire hautement pathogène. De nouvelles souches, comme le H5N6 en Asie ont été constatées.»

ATS (15/02/2017) La grippe a provoqué en ce début d’année une nette surmortalité chez les aînés. La faute au sous-type H3N2 particulièrement virulent cette année. L’excès de mortalité frappant les personnes de plus de 65 ans a été observé dès le 26 décembre jusqu’au début de février, indique l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Durant ces six semaines, 1440 décès de plus ont été recensés par rapport aux prévisions statistiques. Cette surmortalité est comparable, quoique dans une moindre proportion, à celle de l’épidémie d’il y a deux ans. Durant les premières semaines de 2015, le nombre de décès avait augmenté de 17% (soit 2200 de plus) par rapport aux prévisions basées sur les chiffres des années précédentes.

Le Matin (05/02/2017) Nos mains sont de vrais nids à bactéries. Selon des tests effectués en laboratoire, «on peut potentiellement transmettre de 100 000 à 100 millions de bactéries en serrant la main d’autrui», illustre le Professeur Didier Pittet. Un nombre qui atteint 1000 à 10000…milliards si les mains ont été en contact avec des selles (…) La survie des virus dépend de plusieurs paramètres: type de virus, surface, milieu, température, humidité, etc. Sur les doigts, les virus de la grippe et du rhume survivent sans problème deux heures au moins, a observé Caroline Tapparel Vu. Sur les billets de banque, leur résistance est impressionnante: «Selon nos études, le rhinovirus survit plus de cinq jours, celui de la grippe jusqu’à trois. La présence de mucus nasal augmente leur résistance.» Le moyen le plus efficace pour se prémunir des microbes reste le lavage fréquent et rigoureux des mains, soit avec de l’eau chaude et du savon, soit, encore plus efficacement, avec une lotion hydroalcoolique. «Grâce à cette solution, on supprime entre 100 000 et 1 million de bactéries, en 15 secondes seulement. Avec de l’eau et du savon, on ne dépasse jamais le millier ou une dizaine de milliers», conclut le professeur Pittet. Sachez-le, il n’est pas inutile de garder ses distances – un mètre au minimum avec les personnes victimes d’une infection respiratoire, et d’avoir une hygiène appropriée.

La Tribune de Genève (03/06/2017) Raconter sa grippe sur une application. Et si Monsieur et Madame Tout-le-monde contribuaient à la production de connaissances scientifiques? C’est l’objectif de la science participative. Le projet Grippe-Net en fournit un bon exemple. Cette initiative, financée par l’Union européenne, reprise dans onze pays, dont la Suisse en 2016, propose à tout un chacun de participer à une meilleure surveillance de la grippe. Comment? En déclarant sur un site Internet le moindre symptôme pouvant évoquer un début de grippe, semaine après semaine. L’idée: détecter l’arrivée et suivre l’évolution de la maladie de manière plus fine et réactive que les réseaux traditionnels, basés sur les notifications des médecins. A long terme, l’objectif consiste à mieux comprendre la grippe. On ignore, par exemple, comment les gens l’attrapent. «Ce n’est pas le type de renseignement récolté par les médecins, relève le professeur Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale et initiateur du projet pour l’Université de Genève. Si le malade a la possibilité de décrire ses symptômes, de détailler ses habitudes, de dire où il vit, cela aidera à mieux comprendre comment la maladie se propage.»

La Tribune de Genève (28/06/2017) En 2017, près de 67 000 personnes sont mortes en Suisse. C’est 2000 (3,1%) de plus que l’année précédente, comme le montrent les résultats définitifs de la statistique du mouvement naturel de la population de l’Office fédéral de la statistique (OFS). Cette augmentation est attribuée à la grippe hivernale, qui a particulièrement touché les personnes âgées.

Ces informations largement oubliées posent aujourd’hui bien des questions. Comment s’annonce la grippe saisonnière cette année? Les «cas» seront-ils comptabilisés hors de ceux dus au Covid? Les hôpitaux «débordés» en 2017 ont-ils pris toutes les mesures pour que cela ne se reproduise pas? Pourquoi, lors des mesures recommandées alors contre la grippe, le mot «confinement» n’apparaissait-il elle nulle part?

 

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