Un rendez-vous hebdomadaire pour raconter comment le sérieux n'est pas toujours là où l'on croit. Cette chronique d'Anna Lietti paraît le samedi dans 24heures.
Lorsque les premiers films parlants américains furent projetés à Londres dans les années 1930, le public protesta: il ne comprenait rien. Entre l’anglais britannique et son dérivé américain, il y avait un gouffre, déjà commenté par Oscar Wilde: «Nous avons aujourd’hui tout en commun avec les Américains, vraiment. Sauf, bien sûr, la langue.»
Aujourd’hui, le premier anglophone venu comprend Kristen Stewart. Mais c’est parce que la langue de Shakespeare a mis genou à terre devant celle de Mac Donald, dénoncent les héritiers d’Oscar Wilde. Eh oui! Tout occupés que nous sommes à lutter contre les anglicismes en français, nous avons tendance à l’oublier: nous ne sommes pas les seuls martyrs de l’américanisation, les Britanniques souffrent aussi.
Mais leur sentiment de dépossession est-il justifié? L’anglais d’Amérique prend-il véritablement le dessus sur sa variété britannique? Un chercheur de l’Université de Lancaster a investigué et résume ses conclusions sur le site The Conversation. Paul Baker est aujourd’hui en mesure d’affirmer que non, «colour» n’est pas en train de déteindre uniformément en «color»: actuellement, il y a pratiquement autant de Britanniques qui adoptent la graphie américaine «color» (11% ) que d’Américains écrivant «coulour» à l’anglaise (10%). Pareil pour «center» et «centre», autre variation graphique à haut potentiel émotionnel.






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