Non, le sérieux n'est pas toujours là où l'on croit. Cette chronique d'Anna Lietti paraît tous les mois dans 24heures. Excepté le dessin de Pascal Parrone, en exclusivité pour Bon pour la tête.
«Une surprise, il faut bien qu’il y ait quelqu’un qui vous la fasse, on ne peut pas aller la chercher soi-même»: dans le film de Frédéric Gonseth «Le printemps du journalisme», un lecteur résume en cette formule lumineuse les raisons que j’ai de continuer à acheter des journaux plutôt que de m’informer en mettant des «google alert» sur les sujets qui m’intéressent: il y a bien des sujets qui m’intéressent à priori, mais ceux que je préfère, ce sont ceux auxquels je n’avais pas prévu de m’intéresser. Ceux qui re-loadent ma curiosité. Ceux qui font que je me couche le soir avec le sentiment d’avoir élargi mon horizon.
Une vie sans surprises, ce n’est pas une vie. C’est pourtant la vie promise par les algorithmes à l’œuvre dans l’idéologie déjà dominante de l’offre dite «personnalisée». Le «big data», c’est effrayant, on est d’accord: je déteste l’idée que mes données personnelles sont pompées en permanence et recrachées sous forme d’offres commerciales diverses (dans les cas les plus bénins).
Mais ce qui m’accable encore davantage, c’est de voir l’usage minable qui en est fait, de mes données. En gros, on peut dire que ça se résume à: vous avez acheté cette ballerine bleue? «Vous aimerez peut-être…» Quoi donc? Eh bien, la ballerine rouge. Ou les amis du même cercle, ou les publications sur le même sujet. Les algorithmes ne font que produire du même selon ce principe simpliste: ce qui vous a intéressé hier vous intéressera demain.






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