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Qui invente la réalité? Avez-vous joui en 2020? Qui paie qui?

Patrick Morier-Genoud

Par Patrick Morier-Genoud · Publié le 5 janvier 2021 · 3 min de lecture

Qui invente la réalité? Avez-vous joui en 2020? Qui paie qui?

Au Réveillon, nous avons enfin eu – et peut-être raté – l’occasion de parler de nous plutôt que de Donald Trump, tandis qu’une improbable étude prétend que les hommes ont plus souvent joui sexuellement que les femmes en 2020: il est temps que l’on se reprenne en main. Le président de la Fédération suisse des patients, lui, veut connaître les liens d’intérêts des médecins, et c’est effectivement intéressant.

J’ai apprécié ces Fêtes à la mode Covid. Est-ce provocateur de le dire? Aucun de mes proches n’est touché dans sa santé ou financièrement par la pandémie. Mon frigidaire est bien garni, ma bibliothèque aussi et j’ai payé toutes mes factures jusqu’au mois prochain. Le virus a été un bon prétexte pour ne pas faire de grandes agapes à Noël et à Nouvel An. Les quelques personnes que j’ai malgré tout vues avaient pour une fois d’autres sujets de conversation que la politique internationale, dont elles ne savent que ce qu’en disent les médias et les réseaux sociaux, c’est à dire pas grand-chose. Cette année, le principal sujet de conversation autour de la dinde – c’est une image, j’ai mangé des huîtres – n’a pas été Donald Trump mais les effets de la pandémie sur notre quotidien et nos habitudes. Or, même sur ce sujet j’ai constaté que les gens plutôt que de parler de leur réalité vécue avaient tendances à ne considérer que celle que d’autres imaginent pour eux sur les plateaux de télévision. Cette crise sanitaire ne fait pas que nous séparer les uns des autres, elle accentue aussi notre séparation d’avec nous-mêmes.                    

***

Et le sexe, comment ça va? C’est une question que l’on ne se pose pas assez les uns aux autres. Le magazine français Le Point nous apprend que la dernière édition du «Bad Sex in Fiction Award» a été annulée. Il s’agit d’une récompense décernée depuis trente ans aux écrivaines et aux écrivains ayant écrit la pire scène de sexe. «Nous avons assez souffert en 2020. Pas la peine d’en rajouter en exposant le public à de mauvaises scènes de sexe», auraient déclaré les organisateurs de cet amusant concours, ce qui est bien vu. Sinon, le magazine Grazia, qui n’est pas à ça près, relaie une «étude» publiée par un site de rencontres extraconjugales et qui prétend que 81% des femmes ont moins joui en 2020, alors que 51% des hommes ont eu plus d’orgasmes. Plutôt que de laisser à d’autres la possibilité d’imaginer et de marchandiser notre sexualité, reprenons-la en main – et ce n’est pas qu’une image.    

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