Deux séries télé remarquables, respectivement suédoise et australienne, Une si belle famille et La Gifle, nous proposent, avec un humour acide mais tolérant ou une plus noire lucidité, des aperçus diversifiés de l’évolution des relations familiales. Que tel jugera selon l’ordre et la tradition, et tel autre avec plus de compréhension flexible, mais qui a raison?
Sommaire
«Toutes les familles heureuses se ressemblent , mais chaque famille malheureuse l’est à sa façon», écrivait Tolstoï à l’amorce d’Anna Karenine son grand roman qu’on pourrait dire de l’éternel bonheur malheureux de l’humanité, et nous ne sommes pas sortis de la bonne auberge, me disais-je ces jours en songeant à l’apparent chaos de la famille humaine honnie par les uns (le fameux «familles je vous hais!» d’André Gide) et vénérée par d’autres comme un modèle unique alors qu’elle se disloque et se recompose aujourd’hui tantôt pour le pire et parfois pour mieux que ça…
Or, après avoir visionné récemment les quatre épisodes épatants de la série suédoise justement intitulée Une si belle famille, qui s’ouvre sur Je mariage de deux jeunes jolies lesbiennes (l’une blanche et blonde et l’autre chocolat foncé) et s’achève par le baptême de la petite demoiselle conçue par la mère de l’une des mariées et le père de l’autre au soir foireux du mariage de leurs filles respectives, je me suis demandé ce qu’en eussent pensé mes gentils parents, plutôt tolérants mais non sans perplexité de bon sens, avant de me rappeler un édito de mon camarade réactionnaire Delacrétaz (camarade de volée au Gymnase de la Cité lausannois et réactionnaire par évolution idéologique fermement assumée à la tête de la Ligue vaudoise) publié par La Nation, la feuille d’opinion qu’il dirige sous l’égide d’Ordre et Tradition, où il s’oppose résolument au mariage pour tous.
Le débat idéologique sur celui-ci ne m’intéresse pas, même si je comprends tout à fait les arguments de M. Delacrétaz (je joue le jeu de La Nation en nous donnant du Monsieur), que je partagerais peut-être si je portais une cravate, mais non: ce sont les faits humains du roman contemporain qui m’intéressent, et je me demande comment réagirait le camarade Olivier (je lui parle maintenant en ci-devant jeune progressiste de mai 68) s’il avait aujourd’hui, à passé 70 ans, un joli petit-fils blond épris d’un rappeur mulâtre ou d’un influenceur transgenre des réseaux sociaux?





Commentaires
Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.