Philippe Lafitte court à travers le temps sur les traces d’une Black fuyant son passé

Superbe portrait en mouvement d’une femme en quête de liberté, «Celle qui s’enfuyait» enjambe les décennies à grandes foulées, entre les années 70 des révoltes noires et notre époque, au fin fond du Larzac. Avec la tension d’un thriller: le roman d’un auteur à «papatte» en vive expansion... Interview.
Sommaire
On entre en courant au fil des lignes du dernier roman de Philippe Lafitte, dans la foulée d’une grande Black sexta dont la silhouette est plutôt d’une jeune gazelle; tout de suite on est pris par le récit, l’intense plasticité du décor (on est quelque part sur les causses du Larzac) et la sensation physique galopante communiquée à la lectrice et au lecteur dans l’aube nocturne jusqu’au moment où, crac, la toile matinale se déchire sur un coup de feu marquant la mort par balle du labrador Douze qui courait avec la joggeuse; et là, tant la lectrice que le lecteur, amis des chiens comme il se doit, pilent et s’indignent, et s’inquiètent et réclament une tête: non mais quel salopard a-t-il pu flinguer ce beau chien alors que la journée s’annonçait si belle loin des méchants, et c’est parti pour le chapitre suivant…
Traversé par une sourde angoisse, à la fois réaliste et d’un lyrisme épique rappelant certains romanciers américains (de Steinbeck à Cormac MacCarthy, en certes moins puissant), parfois saisissant par l’intensité de certaines séquences (le cadrage et le montage cinématographique faisant partie de l’écriture de Lafitte), Celle qui s’enfuyait retrace une trajectoire existentielle qui marque à la fois la résilience de celle qui se reconstruit…
En quelques mots, sans déflorer une intrigue à découvrir, le roman détaille les péripéties d’une vendetta à l’italienne commanditée par la mère despotique d’une jeune étudiante, fille d’émigrants italiens enrichis, morte dans la confusion d’une embrouille terroriste à laquelle a participé la protagoniste du roman, désignée comme coupable que devrait abattre, quarante ans plus tard (!) le fils falot de la «padrina», lequel imbécile commence par flinguer le chien – à notre grand déplaisir…




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