Petites femmes, grand film


La comédienne Greta Gerwig transforme son essai de «Lady Bird» en signant une magnifique adaptation des «Quatre filles du docteur March» («Little Women»), classique américain de la littérature jeunesse. Un modèle de relecture moderne, qui débouche sur une émotion à laquelle on ne s'attendait pas forcément.
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Franchement, quand on a appris que Greta Gerwig, égérie du cinéma indépendant américain, s’attelait à une nouvelle adaptation hollywoodienne de Little Women de Louisa May Alcott, on n’a pas exactement sauté de joie. Entre l’inutilité d’une énième version de ce vénérable roman datant de 1868 et l’apparent reniement de son parcours par la dame, difficile de dire ce qui consternait le plus! Et puis on se retrouve devant le film achevé, un premier plan mis en scène avec la plus grande précision et Saoirse Ronan déboulant dans les bureaux d’un d’éditeur macho joué par le dramaturge Tracy Letts (Bug et Killer Joe) pour tenter de lui fourguer l’article d’«une amie»… et la magie opère déjà!
Le décor relève de la parfaite reconstitution d’époque et pourtant un soupçon de modernité affleure, le casting est à l’évidence inspiré. Mais cette attaque laisse surtout présager une relecture pertinente. C’est comme si l’héroïne de Frances HA et de 20th Century Women nous prenait par la main, avec une assurance qu’on ne lui soupçonnait pas, pour nous faire découvrir ce qui l’avait fait vibrer enfant dans ce roman passablement poussiéreux. En fait, un livre fondateur pour quantité de jeunes femmes, où Simone de Beauvoir elle-même avoua «avoir cru reconnaîre son visage et son destin».
Une architecture repensée
Son premier choix d’adaptatrice (Greta Gerwig signant également le scénario) aura été de bousculer hardiment la linéarité du roman, pavé de 500 pages plus souvent présenté en version raccourcie et simplifliée aux jeunes lectrices d’aujourd’hui. Sage décision. Jamais la dimension féministe mais également la profonde nostalgie qui sous-tend cette oeuvre n’avaient transparu aussi clairement, malgré trois précédentes transpositions à l’écran. Par rapport à ces versions toutes estimables (signées George Cukor en 1933, Mervyn LeRoy en 1949 et Gillian Armstrong en 1994), celle-ci possède à l’évidence l’avantage de procéder d’une démarche d’auteure plutôt que de studio. Et même si, au début, on peut se sentir un peu désorienté par les va-et-vient temporels, on s’y retrouve assez vite entre la tonalité rougeoyante du souvenir et les bleus froids du «présent».




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